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Bulletin de liaison N°5, Décembre 1980
Le Jardin Retrou...
post 11-Jan-2010, 03:27 PM
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Société Technique des Parfumeurs de France, 57, avenue Marceau, 75116 Paris. Tél. : 720-87-68.

BULLETIN DE LIAISON N°5 – Décembre 1980




EDITORIAL

Et de 5 ! C'est en effet le cinquième numéro de notre Bulletin qui vous parvient. Il a l'ambition, bien modeste certes, de vous donner des renseignements et quelques échos de la Parfumerie. Nous espérons qu'il répondra à votre attente.

Depuis 1973, notre branche avait traversé la crise dans des conditions jugées généralement satisfaisantes. Mais voilà que se profile à l'horizon 1981 une certaine morosité où un optimisme même mesuré semble ne pas avoir sa place.

Le Parfum va-t-il être frappé à son tour ? Et pour combien de temps ?

Il semble difficile aujourd'hui de répondre à ces questions.

La conjoncture économique internationale ne permet pas d'espérer une amélioration prochaine et sensible de la situation présente. Cependant, et toute analyse étant périlleuse à établir, il faut conserver l'espoir et garder l'oeil sec.

Le Congrès International des Huilles Essentielles en octobre dernier à CANNES, a été l'occasion de mesurer l'importance de notre Industrie dans le monde ... et sa vitalité.

Il en est de même pour la cosmétique, et le Congrès de l'I.F.S.C.C. à VENISE au mois de septembre a prouvé également son dynamisme.

Voilà qui est réconfortant malgré tout dans la grisaille de décembre.

A l'heure où commence une nouvelle année, je vous adresse au nom du Bureau, du Comité Directeur et en mon nom personnel, des voeux sincères et bien cordiaux d'heureuse année, en espérant pour vous et les vôtres beaucoup de satisfactions et de joies.

Je voudrais aussi remercier notre Vice-Président, Y. GUTSATZ, pour la réalisation de ce Bulletin que nous aurions voulu publier deux fois par an. Sans doute, pourrions nous atteindre cet objectif grâce à votre aide et à votre collaboration.

Prenez le temps d'y réfléchir, quelques minutes seulement, et grand merci pour ce que vous pourrez faire !

Le Président

G. SICRE

INTRODUCTION

Voici le 5ème numéro de notre BULLETIN DE LIAISON, qui sort de presse un an après le numéro 4.

Comme nous l'avons écrit en décembre 1979, nous aurions voulu faire paraître le BULLETIN deux fois par an, mais nous ne sommes pas arrivés à le faire, faute de collaborateurs, de temps et de moyens.

Nous le regrettons vivement.

En dernière page du précédent numéro, nous avions lancé un appel aux "hommes et femmes de bonne volonté" pour nous aider à rédiger et à éditer cette publication.

Dans le questionnaire que le Comité Directeur avait adressé a tous les membres de la S.T.P.F. en mars dernier, cet appel aux "bonnes volontés" fût répété.

Nous sommes obligés de dire que nous avons reçu très peu de réponses - nous y revenons dans l'article "Analyse d'un questionnaire".

Ainsi, malgré notre désir de faire de ce BULLETIN un lien régulier entre le Comité Directeur et les membres de la S.T.P.F., entre PARIS et la province et les pays étrangers où résident des amis, nous sommes obligés de nous contenter d'un numéro unique par an, et cela aussi au prix d'un grand effort.

Nous nous adressons tout particulièrement aux Parfumeurs Créateurs : si vous avez quelque chose à dire, venez vers nous.

LA RÉDACTION

C'est avec une grande tristesse que le Comité Directeur, au nom de la S.T.P.F., présente ses condoléances les plus sincères à Madame MONMESSIN et à sa fille Isabelle, à l'occasion du décès de Monsieur MONMESSIN, leur époux et père.

LA VIE DE LA S.T.P.F.

Manifestations : décembre 1979 à novembre 1980

20 décembre 1979 (Maison des Centraux).

Deuxième table ronde sur le thème : "Problèmes de la communication entre Parfumeurs et Marketing". La première table ronde sur le même thème, tenue en 1978, a tourné, il faut l'avouer, à la confusion des parfumeurs (voir Bulletin no 3 ) face aux brillantes démonstrations des représentants du marketing qui avaient bien préparé leurs interventions.

Cette fois-ci, les parfumeurs ont pris la chose très au sérieux, et se sont réunis, trois fois avant la séance, pour accorder leurs violons et préparer soigneusement des questions à soulever.

De leur côté, les participants marketings ont, autour d'un sympathique diner organisé par Jessie DANIEL (que nous remersions en passant, ainsi que Christian BASTARD, pour l'organisation matérielle de cette table ronde) préparé leurs interventions.

Le débat, animé par Yuri GUTSATZ dans le rôle du "Bernard Pivot de la Parfumerie", fût en effet très instructif et très intéressant, avec la participation de plusieurs personnes de l'assistance (salle comble).

Avec beaucoup de franchise, l e s "Marketeurs" ont tour à tour expliqué leurs préoccupations, leurs limitations et leurs objectifs, et ont clairement fait comprendre que les problèmes particuliers des parfumeurs leurs sont bien connus, et que le dialogue avec les parfumeurs, quand il peut être engagé, facilite énormément leur tâche - dialogue qu'ils ne refusent jamais mais recherchent, au contraire.

De leur côté, les parfumeurs ont expliqué avec la même franchise leurs propres problèmes - toutes les entraves à la créativité libre, comme des "briefs" parfois délicats et modifiés en cour de route, des prix de revient limites imposés, des jugements hâtifs, etc. ...

Et la question - clé posée par les parfumeurs fût sans doute cette petite phrase : « Voulez-vous travailler pour un succès de 2/3 ans, ou bien pour l'éternité ?"

Du côté des marketeurs étaient présents Monsieur COUTURIER (AZARRO), Monsieur CROUAN (FABERGE), Monsieur PALATIN (ROCHAS) et Monsieur SALMON (OREAL), et les parfumeurs étaient représentés par Monsieur CHAILLAN (FIRMENICH), Monsieur MORIN (CREATIONS AROMATIOUES), Monsieur SORSANA (RORERTET) et Monsieur
THIBOUT (GIVAUDAN) qui est venu tout spécialement de GENEVE pour participer au débat.

Une expérience passionnante. Le fond même de tous nos problèmes. Des questions sans réponses exhaustives, car il n'y en a pas. A recommencer, pour faire encore un petit pas vers la vérité.

17 janvier 1980 (Auditorium RHONE-POULENC)

Les Tests Prophétiques chez l'Homme - traité avec brio par cet excellent conférencier qu'est le Docteur Jean ROBIN, dont les travaux sont très importants pour la parfumerie appliquée à la cosmétologie.

EXPRESSIONS - Développement d'un procédé de travail en équipe, par le groupe LAUTIER AROMATIQUES.

Je me pose quelques questions, Messieurs - et Mesdames – les Parfumeurs(euses) : Et voilà, je viens à peine de commencer à vous parler lorsque apparaît déjà la première lacune de notre vocabulaire : "Parfumeuses" ?...

Mais ceci n'est pas mon propos maintenant. D'ailleurs, je ne pense pas que le mot " Parfumeur", lorsqu'il s'adresse à vous, Mesdames, soit très gênant, n'est-ce pas ?

Ce qui me semble plus ennuyeux, par contre, c'est que nous ne possédons pas de vocabulaire pour parler de parfums - et maintenant, je m'adresse également à vous, Messieurs.

J'ai assisté avec beaucoup d'intérêt à la conférence "Communication e t Composition" par l'équipe des Parfumeurs de LAUTIER AROMATIQUES.

J'ai cru, j'ai espéré un instant, que nous aboutirions à ce langage universel de la Parfumerie qui nous fait tant défaut.

Mais nous ne répondons-nous pas, grâce à cette "méthode", à une subjectivité par une autre subjectivité ? Est-ce là simplifier le problème de notre incompréhension mutuelle dès lors que nous essayons de parler, d'analyser, de "disséquer" oserais-je dire, une odeur ?

Bien sûr, de ce mode d'expression naît une certaine communication, car personne ne peut y être indifférent.

Vous voyez peut être le Chypre "mauve", quant à moi, il m'apparaît dans une déclinaison de "beiges" et de "bruns".

Vous voyez peut être les Aldéhydes "riches", pourquoi m'apparaissent-ils "électriques", "pointus », "percutants" ?

Des couleurs, des formes, des chocs, pouquoi pas des chiffres; en effet, c'est un nouveau langaqe, un nouveau mode d'expression. Mais quelle précision, quelle rigueur apporte-t-i l ?

Tout reste teinté de subjectivité.

Le Parfum fait partie du domaine de l'imaginaire, de celui de l'intuition. C'est un idéal de Beauté. N'y a-t-il rien de plus personnel qu'un Idéal ? Qu'est-ce qu'un Idéal ? Qu'est ce que la Beauté ?

Le Parfum est insaisissable. Il s'accroche à notre mémoire et non pas à notre raison ni à notre intelligence.

On peut tout lui associer, une image, un son, des mots. Mais il restera plus fort que les images, plus évocateur que la musique, plus précis que les mots. La mémoire olfactive n'est que subjectivité. Pour retenir une odeur, nous la rattachons à des évènements, des souvenirs. Elle reflète des humeurs, des espoirs, des rêves, des mystères.

Toute notre terminologie est imprécise, manque d'identité de langage et de vocabulaire.

L'odeur se dérobe à la description, même si nous utilisons des métaphores pour cela.

Un parfum se sent, bien sûr, mais se voit, s'écoute, se contemple.

Tous nos critères de classement sont trop vagues, trop personnels et tellement discutables. Personne n'a tort, personne n'a raison.

C'est toute notre imagination, toute notre sensibilité qui se mettent à vibrer. Ne dit--on pas d'un Parfum (ou d'un "jus" - quelle heureuse définition, n'est-ce pas Monsieur GUTSATZ ?), qu'il est "jeune", "gai ", " pétillant " ou bien "sauvage", "sportif ", "viril", etc. ...

Sommes-nous persuadés d'avoir une similitude de Jugement quant à la jeunesse, la gaieté, la joie de vivre, la virilité ?

Tous ces adjectifs sont agréables car ils sont vivants, vivants comme le sont les Parfums.

Peut-on comparer un Parfum à une pierre précieuse, à un diamant qui scintille de mille feux ?

La lumière donne vie au diamant, elle joue avec ses nombreuses facettes , mais le diamant est inerte.

Le Parfum lui aussi a tant de facettes qui jouent entre elles, qui s'harmonisent mais sans aucune force extérieure, mais le parfum, lui, est vivant.

Notre vocabulaire pour tenter de le définir joue également avec tous les mots possibles empruntés à la peinture, à la musique, à notre vie même.

Mais jamais ce vocabulaire n'arrivera à emprisonner une odeur dans une définition stricte et rigide.

Même si nous nous contentons de deux adjectifs élémentaires : ce parfum sent "bon", ce parfum sent "mauvais", nous n'arriverons pas à nous mettre d'accord.

Notre éducation, notre culture, nos experiences, nos souvenirs sont différents. Nos facultés olfactives personnelles resteront le seul juge, mais quel juge ! Tellement partial !

Nous ne savons toujours pas précisément comment fonctionne notre odorat, e t nous aimerions pourtant posséder un langage précis, qui nous serait propre, afin de pouvoir "étalonner" nos sensations olfactives.

Quand nous sentons un parfum, il s'adresse à nous en particulier. Il ne fait que se prêter, nous ne le posséderons jamais.

C'est un tout indéfinissable que nous aimerions analyser avec des mots précis, compris par tous et compris surtout de la même façon, avec la même intensité.

Mais au fond, n'est-ce pas dommaqe d'essayer d'emprisonner le Parfum dans une définition ?

Lorsque Lucien PERRERO nous disait qu'il est toujours décevant de voir le film tiré d'un roman que nous avons lu, pourquoi ?

Parce que cela nous prive définitivement de toute la part de rêve et d'imagination que nous lui avions accordée. Je crois qu'il en serait de même lorsque nous aurions réussi à établir cette terminologie précise, stricte, reproductible qui nous serait tellement utile dans tous nos contacts.

Mais comme cela serait dommage !

Faut-il expliquer aux enfants que le Père Noël n'existe pas ?

N'amputons pas la vie de ses rêves.

Essayons peut être plutôt de faire prendre conscience a ceux qui nous entourent de cette richesse qu'ils possedent et qu'ils devraient développer : l'Odorat.

Catherine VAUVIER ROSSI

21 février 1980 (Maison des Centraux)

L'Évaluation en Parfumerie : Trois charmantes jeunes femmes expliquent - en se relayant - clairement et avec enthcusiasme ce qu'est la sélection et l'évaluation qui revêt une imqortance de nlus en plus grande dans les grandes maisons de matières premières, pour le choix d'une composition à proposer à la clientèle. Un aspect nouveau de la Parfumerie, signe des temps, rationalisation du marché, informatique – tout au service de notre société de consommation. Le texte intégral de cette conférence fort sympathique et bien menée par les trois protagonistes a été publié dans le numéro 34 de P.C.A. (août-septembre 1980).

20 mars 1980 - Veme Journée des Arômes (Maison des Centraux)

Animée par Monsieur JAUBERT, cette journée très instructive a vu réunis des spécialistes des arômes et des produits naturels utilisés par l'industrie alimentaire, aussi divers que Monsieur BERTHIER qui a parlé des épices, aromates et oléorésines, Monsieur THOMAS (FIRMENICH) qui a évoqué les nouvelles synthèses et les axes de recherches, Monsieur PHUERY (IFF) qui a parlé des problèmes de séchage des matières aromatiques par micro-ondes.

Mentionnons également l'exposé de Monsieur LATRASSE (INRA) sur les petits fruits rouges, et de Monsieur NICOLAS (CERDIA MASSY) sur la fixation des corps volatils. La conclusion fût tirée par Monsieur QUARRE, Président de la SIEMPA.

Entrecoupée par un bon déjeuner, cette Vème Journée des Arômes avec les deux tables rondes qui ont été dirigées par Monsieur JAUBERT à la fin de chaque demi-journée – a été, même pour les non-initiés (parfumeurs et autres), fort instructive et intéressante, ne serait-ce que l'exposé de Monsieur LATRASSE " les petits fruits rouges". Nous avons beaucoup appris sur le cassis (et ses bourgeons), et même sur le bucchu. Un film sur l e piment doux a complété cette manifestation à laquelle nous avons pris part avec plaisir.

17 avril 1980 (Salons Hoche)

Conférence de Monsieur Louis PEYRON , Président d'Honneur de la S.T.P.F., et dîner.

Grand évènement que personne ne devait manquer ... Pourtant, à l'ouverture de l a séance, nous avons compté dans la salle exactement 49 personnes, ce qui a obligé l e Président Gilbert SICRE à ne pas prononcer sa phrase de bienvenue rituelle : " Je vous remercie d'être venus si nombreux ce soir ..."

Les rapports du Président et du Trésorier ont été envoyés à tous les membres, inutile d'y revenir.

La conférence brillante de cet éminent chercheur qu'est Louis PEYRON, intitulée "Constituants mineurs et leurs origines dans les fragrances et flaveurs d'origine naturelle", a été d'une très haute tenue scientifique et reflétait une somme énorme de travail de recherche.

Il faut espérer qu'un jour, ces constituant s mineurs qui ont chacun des caractères olfactifs très particuliers et inhabituels, pourront être recréés par la science physico-chimique pour venir enrichir de leur originalité la palette du parfumeur créateur.

Que dire du dîner ? Tout d'abord, que dès l'ouverture du bar à la fin de la séance, la salle s'est remplie comme par hasard : n se bousculait autour du buffet, et quelques 150 personnes ont pris place autour des tables.

Le phénomène bien connu de l'attraction gastronomique ...

Mais le principal intérêt de ces dîners-assemblées annuels, n'est-ce pas plutôt la possibilité de se rencontrer, de serrer tant de mains, d'échanger des propos avec des gens que l'on ne rencontre pas souvent, de se détendre, de rire dans l'atmosphère chaude et amicale des réunions professionnelles où tout un chacun connaît tout un chacun, le reste n'étant que prétexte . . . ?

N'empêche que rien que par déférence envers le conférencier, le Président et le Trésorier qui se sont donné tant de peine pour préparer cette soirée, une assistance un peu plus nombreuse dès le début aurait été souhaitable.

Revenons au dîner : moins mauvais que celui de 1979, mais avec un service très lent. Heureusement, comme cela devient une habitude, d'excellents vins de la maison MONMESSIN, furent responsables de l'atmosphère de gaîté qui pendant deux ou trois heures nous a permis de nous évader et de penser à autre chose.

19 juin 1980 (Salons Hoche)

Le Docteur Ulrich HARDER, de HAARMANN et REIMER, nous a parlé de l'ordinateur au service du parfumeur.

Nous pensons que la plupart des grandes maisons – surtout celles dites "de matières premières" – utilisent l'informatique depuis une dizaine d'années, ne serait-ce que pour codifier les formules qui se chiffrent par milliers maintenant, ainsi que pour rationaliser les fabrications et tout ce qu'elles entraînent : gestion des stocks , approvisionnements, e t c. ...

Quant au service du parfumeur-créateur, l'ordinateur n'apparaît pas tellement indispensable (sauf pour le tenir au courant des disponibilités de certains produits naturels rares, peut être, et pour faciliter la sélection - évaluation).

Le conférencier nous a raconté comment sa maison utilise l'informatique à tous les stades, en amont et en aval de la création en parfumerie, et bien entendu, vient à l'esprit la question : peut-on essayer la "création" à l'aide d'un ordinateur ? Si ce n'est pas pour demain, c'est probablement pour après-demain, et quand on constate l'affligeante uniformité de certaines "créations" faites SANS l'aide de l'ordinateur, on est en droit de se demander si "l'ordinateur-créateur" aurait pu faire plus banal ...

18 septembre 1980 (Maison des Centraux)

Exposé de Monsieur HETRU (POCHET et DU COURVAL) "Le verre, matériau d'emballage ou matière d'art ? "

Des artistes verriers de l'île de MURANO (successeurs des maîtres verriers byzantins "transplantés" dans cette île prison par la sérénissime République de Venise) - aux verreries produites automatiquement en grandes séries, en passant par les chefs d'œuvre de BACCARAT (LALIQUE) qui ont tant contribué à la gloire de l a parfumerie française, Monsieur HETRU passe en revue la longue et passionnante histoire du verre.

Origines, développement dans le temps des techniques, processus de fabrication moderne - nous sommes introduits dans un monde tellement lié à notre industrie et si peu connu de la plupart d'entre nous.

Ensuite, c'est au tour de Monsieur SLAGMULDER de prendre la parole pour nous entretenir de "La nouvelle muse du Parfumeur" qui est devenue la chromatographie en phase gazeuse.

Monsieur SLAGMULDER qui s'y connaît, est très à l'aise dans son exposé, émaillé de beaucoup d'humour dans un contexte pourtant austère. Eh oui, aujourd'hui, le parfumeur ne peut se passer de chromatographie quand il sèche sur certains "briefs"... e t c'est devenu un secret de polichinelle que la chromatographie est devenue indispensable pour réussir dans une certaine "création" entre guillemets. Le texte intégral de l'exposé de Monsieur SLAGMULDER a été publié dans le numéro 35 de P.C.A. (octobre-novembre 1980).

23 octobre 1980

Suite à la conférence de Monsieur HETRU, la S.T.P.F. se déplace pour visiter les usines de POCHET et DU COURVAL près de SENANPORT (Vallée de la Bresle).

Cette visite, organisée par J. KERLEO et R. CORNON, faisait suite, très logiquement, à l'exposé fait par Monsieur Jacques HETRU le 18 septembre à PARIS, Maison des Centraux, où le conférencier nous parla de manière remarquable du "Verre, Matériau d'emballage ou Matière d'Art, et nous invitait à conclure en pratique par cette visite des Usines POCHET de la Vallée de la Bresle.

La visite des ateliers s'effectuait par petits groupes de 7 à 8 personnes guidées par Monsieur PETIT, Directeur de la Verrerie et ses collaborateurs et qui permit de voir la préparation du verre de Parfumerie, d'abord en semi-automatique, manière encore artisanale où nous avons pu admirer successivement, l'art du potier, la fusion, le moulage du verre, la taille, le polissage, le rodage émeri, etc...

Le sujet était passionnant et, malgré la chaleur élevée produite par les fours et le bruit ambiant, les questions fusaient, auxquelles nos hôtes répondaient avec compétence et patience.

Il en résulta un certain retard sur l'horaire du déjeuner et, l'après midi était déjà avancé lorsque le groupe arriva à l'Auberge du "PONT D'HURE" à ALLERY dans la Somme, où, la fatigue oubliée, l'ambiance devint vite sympathique en la compagnie de nos hôtes des Verreries POCHET et de leur P.D.G., Monsieur COLONNA, qui avait tenu à être présent.

C'était une très intéressante journée que seul ç pourront regretter les absents qui ont incontestablement eu tort . . .

18 novembre 1980

Une des grandes soirées de l'année, organisée par le SIEMPA sous les auspices de la S.T.P.F. dans le décor somptueux du Pavillon d'Armenonville au Bois de Boulogne, sur le thème : "Parfumeur, jusqu'à quand pourras-tu utiliser des produits aromatiques ?"

Ce cri d'alarme a été poussé par ordre d'entrée en scène par Monsieur Bertrand HAUTANT, Vice-Président du SIEMPA, Monsieur Charles Emannuel GOUNOD (GIVAUDAN) et Monsieur René CORNON, Président d'Honneur de la S.T.P.F. (CAVADINI).

Trois exposés très bien étayés, illustrés par quelques graphiques projetés sur un écran, qui tous démontrent que les prix des produits naturels et synthétiques ont, depuis 10 ans, subi des augmentations INFÉRIEURES à l'augmentation du coût de la vie, mais que malgré cela, les acheteurs renaclent de plus en plus devant l'achat de ces matières et offrent des prix trop bas pour que ceux-ci puissent satisfaire les producteurs.

Dans le cas des produits naturels, il s'agit la plupart du temps de petits exploitants agricoles dans les pays du tiers monde, qui tout simplement vont abandonner leurs cultures si les cours devaient s'effondrer à cause de la mévente.

Les conférenciers indiquent que géographiquement, les cultures se déplacent de plus en plus vers les pays de la main d'œuvre bon marché, mais qu'il est impossible d'aller plus loin.

Ainsi, le jasmin, émigré de GRASSE en ITALIE, a dû traverser la Méditerranée pour s'implanter dans les pays d'AFRIQUE DU NORD en EGYPTE principalement.

Mais au fur et à mesure de la croissance du niveau de vie de ces pays, le jasmin a continué sa route vers le sud-est. Ainsi, ce sont maintenant l'INDE et l'INDONESIE qui sont devenus producteurs de jasmin.

Et cette migration s'applique à bien d'autres plantes. Quant aux produits de synthèse, Monsieur GOUNOD démontre que le coût de l'énergie et des matières de base mises en œuvre étant en constante augmentation, à quoi il faut bien sûr ajouter le coût de la main d'œuvre sans parler de celui de l a recherche - leur prix , resté stable pendant très longtemps, subit aussi le sort des autres biens - constante hausse, sans toutefois atteindre le niveau général des augmentations du coût de la vie.

Sans produits de qualité pas de parfumerie de qualité, et les conférenciers, non sans humour (Monsieur CORNON), font une démonstration que la part du parfum proprement dit dans un produit fini, se rétrécit comme une peau de chagrin.

Mais dans l'assistance de ce soir, ce sont tous des convaincus de la véracité des thèmes exposés, car qui, sinon les parfumeur-créateurs, souffre davantage de l'impossibilité d'utiliser des matières premières nobles, ou simplement trop coûteuses pour les études étriquées qui leur sont confiées ? Et en fait, la salle, par son silence, apnrouve ce qu'elle entend.

Toutefois, des voix s'élèvent pour faire remarquer avec force que dans la conjoncture actuelle, la QUALITÉ est le dernier souci des décideurs, et que tant que leurs produits se vendent grâce à une publicité délirante, personne ne se soucie des impératifs esthétiques : savoir si oui ou non les parfums contiennent des produits naturels nobles et chers.

De ce fait, le cri poussé par les trois conférenciers, tout en étant parfaitement justifié, n'est qu'un baroud d'honneur, un combat d'arrière-garde, en quelque sorte.

Cette prise de position ne plaît pas à tout le monde, mais à l'exception d'une seule protestation - d'ailleurs pas étayée ni explicitée d'aucune manière - la salle, par son silence, semble approuver le responsable de l'intervention.

Eh oui, tout le drame est là et tout le monde en est conscient.

A de très rares exceptions près qui confirment la règle - quelques sociétés qui essaient de maintenir le très haut niveau de l a parfumerie - la plupart des marques obligent les parfumeurs à rogner de plus en plus sur les prix de revient de leurs créations, avec le résultat que certaines matières (naturelles surtout) deviennent inabordables et inaccessibles.

N'empêche que tous ces différends et malheurs s'estompent quand s'ouvrent les rideaux derrière lesquels est dressé un somptueux buffet (et croyez-moi, garni de tout autre chose que de pièces de musée inaccessibles...), vers lequel l'assistance, réconciliée avec l'existence, se rue pour faire honneur aux whiskies, champagnes et autres petits-fours abondants et fort bons.

Remercions donc le SIEMPA pour sa générosité, et tout particulièrement son Président, Monsieur QUARRE, qui a clos le débat par une intervention dépassionnée.

BIBLIOTHÈQUE

Ainsi que nous l'avions annoncé dans le rapport d'activité de la Commission ''Musée" paru dans le précédent bulletin (N° 4 pages 8 e t 9), nous envisagions la constitution d'une bibliothèque...

Depuis, ce projet a considérablement avancé et est devenu réalité ; seuls quelques petits problèmes d'organisation restent à aplanir pour que vous puissiez enfin, très prochainement, disposer de notre collection.

Nous n'abandonnons pas pour autant l'idée du "Musée", mais en cette année 1980 qui a vu successivement s'ouvrir les expositions de la Jeune Chambre Économique de GRASSE "Vers un Musée de l a Parfumerie" en mai à ORLY, du Musée d'Art et d'Histoire de Provence, "3000 ans de Parfumerie", à GRASSE de juillet à octobre puis du Musée de l'Homme actuellement à PARIS "Parfums, Hommes et Dieux", nous avons volontairement différé notre projet, préférant apporter notre concours à ces réalisations plutôt que de les concurrencer, la finalité étant à peu près la même, et nous sommes heureux que notre activité dans ce sens ait, peut être, créé l'émulation qui a conduit aux réalisations diverses constatées.

Mais ceci explique notre choix et la priorité donnée à la constitution de notre bibliothèque qui sera mise, tout d'abord, à la disposition des adhérents de la S.T.P.F. et aussi à celle de toute la Parfumerie.

Car cette bibliothèque, dont nous avons fait la présentation des principaux ouvrages lors de notre séance du 18 septembre à la Maison des Centraux à PARIS, regroupe non seulement la majeure partie des livres techniques et scientifiques concernant la Parfumerie, mais aussi des ouvrages en découlant directement : romans, publications, périodiques, catalogues, etc...

Ces ouvrages sont, pour la plupart, redigés en Français et un certain nombre en d'autres langues : Anglais, Allemand, Espagnol, Russe, Chinois, Japonais, Italien...

Nous avons le plaisir de souligner un fait remarquable, car cette bibliothèque sera constituée en grosse majorité par des dons spontanés faits à la S.T.P.F. à la suite de nos appels, et nous devons exprimer notre grande gratitude, tout particulièrement à Messieurs Jacques ROBERTY et Yves René NAVES qui nous ont fait un don inestimable par l'apport de leurs collections particulières ; nos remerciements aussi à la Société GIVAUDAN pour son concours et aux autres donateurs, tels : Mademoiselle DEMEILLIERS, Messieurs BOURDON, DUBOIS, GIRARD, JAUBERT, KERLEO, LASERSON, LEBOUEDEC , PFEIFFER, ROVESTI, WERIGUINE, etc...

Un remerciement particulir à Mademoiselle DEMEILLIERS, Messieurs P.A. DUBOIS et CREMER qui nous ont déjà apporté une aide précieuse et seront les premiers gérants de cette bibliothèque dont la liste complète des ouvrages et tous les détails de fonctionnement vous seront communiqués directement et très prochainement.

NOUVEAU GRAND LAROUSSE ENCYCLOPÉDIQUE

La librairie Larousse qui prépare ce nouveau dictionnaire a sollicité notreparticipation pour cette réalisation, et plus précisément pour un vocabulaire et des définitions concernant la Parfumerie.

La Commission Technique a tout d'abord fait une première sélection des termes et sujets à traiter, compte tenu des impératifs de Larousse, puis une petite équipe, composée de Mademoiselle Agnès DEMEILLIERS, chargée spécialement des définitions ayant trait aux produits de synthèse , de Monsieur P. A. DUBOIS, pour les produits naturels et coordonnée par Monsieur Jean KERLEO avec le concours de Madame POINSIGNON, a réalisé matériellement ce travail.

Ceci a été fait compte tenu des définitions du précédent ouvrage - parfois approximatives ou inexactes - de certaines listes de définitions et vocabulaires d'origines diverses concernant la Parfumerie, avec, en outre, une grande contribution personnelle de Mademoiselle DERMEILLIERS et Monsieur DUBOIS.

Nous attirons l'attention des lecteurs éventuels de cet ouvrage sur le fait qu'un certain nombre de définitions pourraient, soit être supprimées, soit raccourcies par rapport au texte transmis à Larousse qui dispose d'un nombre de lignes pus limité que l'ensemble remis, et dont nous conservons un exemplaire.

La collaboration de la S.T.P.F. sera mentionnée dans cet ouvrage lors de sa parution.

J. KERLEO

ANALYSE D'UN QUESTIONNAIRE

Pour la première fois dans son histoire, la S.T.P.F. a, au début de 1980, et ceci suivant une suggestion de Monsieur René BOURDON, procédé à un "sondage public" au moyen d'un questionnaire envoyé à tous ses membres.

Le Comité Directeur a voulu, en recourant à cette initiative, d'une part connaître l'opinion des membres sur les manifestations périodiques qui leur sont proposées (conférences, tables rondes, etc...), et d'autre part, susciter des suggestions et propositions pour diversifier ces manifestations, ainsi que de trouver parmi les membres, de "bonnes volontés" pour participer plus activement à la vie de la S.T.P.F.

Voici le texte de ce questionnaire :

1") Participez-vous de manière régulière et suivie à nos manifestations ?

- Si vous répondez OUI à la première question : Êtes vous satisfait des conférences, tables rondes, discussions, etc...

- Si vous répondez NON , avez-vous des propositions concrètes à nous faire pour le choix de nos conférences, les thèmes et sujets que vous aimeriez voir figurer lors des tables rondes, discussions, etc...

- Dans l'affirmative, énumérez ici en quelques mots vos suggestions.

2 ") Etes-vous disposé à jouer un rôle au sein de la S.T.P.F., à y exercer une fonction ?

- Si vous répondez OUI, veuillez préciser quel rôlr, quelle fonction vous intéresse : rédaction du "Bulletin de Liaison", travail de secrétariat, animation d'un cercle, travail en commission, etc...

- Pensez-vous que la S.T.P.F. (à travers certains de ses membres) pourrait vous être utile du point de vue professionnel ? (contacts, discussions techniques sur un thème donné, présentation de nouveautés, etc...)

3") Pensez-vous qu'il soit utile d'organiser de temps à autre des réunions réservées exclusivement aux parfumeurs compositeurs pour examiner par exemple des produits de synthèse nouveaux, discuter de leur utilité, intérêt, emploi dans tel ou tel domaine de la création en parfumerie ?

- Si vous répondez OUI, avez-vous des propositions à faire pour l'organisation de ces séances spéciales ?

- Si OUI, les quelles ?

Quels sont les résultats obtenus ?

C'estce que nous allons essayer d'analyser dans les pages qui suivent.

Première constatation qui est une déception : sur les quelques 500 membres que compte notre Société, et qui tous ont reçu ce questionnaire, seulement 70 l'ont retourné, avec des réponses plus ou moins complètes.

De plus, 21 réponses, soit 30 %, sont anonymes, ce qui réduit encore la portée de ce questionnaire, surtout que parmi les anonymes, il y en a qui proposent leur collaboration active à l a vie de la S.T.P.F. !

Ceci manque un peu de logique, hélas !

1ère question :

36 personnes participent régulièrement aux manifestations de la S.T.P.F. soit plus de 50 % des réponses reçues, mais 10 réponses négatives viennent des membres habitant GRASSE qui, tous, demandent des rencontres plus fréquentes - actuellement, nous organisons à peine un voyage d'études par an à GRASSE.

32 personnes sont satisfaites des conférences, tables rondes et discussions organisées ; 2 personnes ne se prononcent pas, et une réponse est négative, ce qui est plutôt encourageant pour le Comité Directeur responsable de l'organisation des manifestations.

En réponse à la demande de faire des propositions concrètes pour le choix des conférences, etc..., nous relevons un certain nombre de suggestions. Tout d'abord, celle mentionnée plus haut, à savoir l'augmentation des réunions à GRASSE, mais aussi des idées très précises dont nous citons quelques-unes :

- Table Ronde Parfumeurs-Créateurs et Détaillants en Parfumerie,
- Sur la créativité quand les "chrornato interviennent sans cesse"
- Sur la qualité des parfums (question brûlante N.D.C.R.) avec présentations de matières premières naturelles,
- Sur les marchés internationaux de la Parfumerie - tendances.
- Table Ronde sur l'éthique de la Parfumerie,
- Davantage de conférences techniques, mais de courte durée.

En tout, nous avons reçu 14 suggestions qui pourraient servir de base pour l'élaboration des programmes futurs.

2ème question :

Nous recevons 28 réponses affirmatives (soit 40%), et ceci est extrêmement intéressant et encourageant pour notre avenir. Malheureusement, 9 réponses sont anonymes (ou bien notre secrétariat a détruit les enveloppes portant noms et adresses ?), et nous engageons vivement tous ceux qui ont répondu par OUI, à écrire au secrétariat pour confirmer leur offre.

Nous trouvons, parmi les 19 réponses signées : 4 volontaires pour la rédaction de ce Bulletin, qui le soussigné demande par la présente de se nianifester soit au moyen de l'envoi d'unarticle, soit pour apporter une aide pour préparer le prochain numéro ; 2 volontaires pour le secrétariat qui ne manquera pas de faire appel à ces bonnes volontés ; 3 volontaires pour l'animation d'un Cercle : l e Comité Directeur va discuter de l'organisation matérielle d'un tel cercle, et se mettra en rapport avec vous.

Et enfin, 6 réponses pour accepter de travailler au sein de nos diverses Commissions. Les responsables des Commissions en sont enchantés, et les volontaires sont priés d'écrire au secrétariat pour préciser le choix de la Commission à laquelle ils désirent participer. Restent 3 bonnes volontés, dont une candidature pour animer une section de la S.T.P.F. à GRASSE, e t une autre en ESPAGNE.

En ce qui concerne la deuxième partie de la deuxième question, nous trouvons 13 oui, mais sans le moindre commentaire, ce qui est encourageant pour nous mais sans portée pratique, et aussi quelques réflexions que nous reproduisons ici :

"- Je pense, d'ailleurs, que c'est son rôle."

"-Bien sûr, c'est même son but à mon avis",

ce qui est fort agréable à lire, mais encore pas suffisant.

"-Pourquoi pas, un essai peut être fait- Absolument -"

"-Oui, absolument - Oh Oui ! " (cri du coeur d'un anonyme !),

et trois réponses qui disent OUI "en présentant des nouveautés"

" - Individuellement, en essayant de décentraliser les activité"

"-Certainement, afin de mieux connaître la multitude des nouveautés des matières premières."

Nous enregistrons aussi 3 NON catégoriques, dont un avec ce texte :

"Cette Société est une Société Savante et ne doit en aucun cas avoir des activités qui pourraient avoir des conséquences commerciales directes" ( ? N.D.L.R.).

3ème question :

Nous recevons une approbation massive à cette proposition :

45 OUI, la majorité absolue des réponses reçues. Notons toutefois 17 NON, le reste ne se prononçant pas (8). Parmi les NON, un seul commentaire : "Lorsqu'une maison trouve un nouveau produit, elle le garde captif quelques années avant de le mettre sur le marché."

Quelle conclusion peut-on tirer des réponses reçues à notre questionnaire ?

- Le nombre de personnes qui ont trouvé le temps de lire attentivement les questions, d'y réfléchir et finalement d'y répondre avec commentaire, est infime par rapport à la totalité des membres.

- Le nombre total des questionnaires retournés - 70 – par rapport à la totalité des membres de la S.T.P.F. - 500 environ - est largement insuffisant : à peine 15 %.

- Les réponses reçues sont-elles représentatives (comme un échantillonage choisi par des instituts spécialisés) de l'opinion de la totalité des membres de la S.T.P.F. ? Nous pensons que oui ; elles représentent assez fidelement les opinions de nos membres.

- La S.T.P.F. sort-elle enrichie de cette expérience, son Comité Directeur peut-il en tirer un certain enseignement pour orienter ses travaux dans l'avenir ? Encore une fois,
non pensons que oui : une tendance se dégage, et tout en regrettant le nombre limité des réponses, il y a possibilité de se faire une idée plus claire des désirs des membres de la Société.

De toute façon, il n'est pas trop tard pour compéter cette étude en profondeur, et nous engageons vivement tous ceux qui n'ont pas encore renvoyé le questionnaire, à le faire sans tarder, et nous remercions tous ceux qui se sont donné la peine de nous répondre. Leurs suggestions seront très utiles pour orienter nos activités futures.

Pour le Comité Directeur, Le Vice Président

Y. GUTSATZ

Nous publions in extenso le texte d'une lettre adressée en réponse au questionaire, au Président Gilbert SICRE, par un de nos membres, Jean-François BLAYN.

Cette lettre fourmille d'idées et de suggestions, et nous aimerions que le Comité Directeur puisse s'en inspirer pour préparer les programmes des manifestations à venir. Merci, Jean-François BLAYN.

Monsieur l e Président :

Je me permets de développer quelques idées que votre questionnaire m'a inspirées.

A) L'organisation de réunions réservées aux Parfumeurs compositeurs, m'apparaît comme remarquable. Elle pourrait se concevoir dans l'esprit d'une suite de cours d'actualisation ou de recyclage, pour des anciens élèves d'une école qui n'existait pas il y a quelques années !

cool.gif Peut être serait-il intéressant d'envisager une déontologie du Parfumeur : c'est à dire tenter de définir ce que l'on pourrait appeler une profession de foi.

C) En collaboration avec l'I.S.I.P., on pourrait tenter de clarifier les différentes classifications des parfums et matières premières qui circulent dans la profession, soit essayer d'établir peu à peu un langage auquel il pourrait être fait référence, et dégagerait un peu la parfumerie de sa subjectivité.

D) Il y a peu, j'ai visité au Musée des Arts Modernes, un artisan-graveur qui exposait et commentait 50 ans de son métier. J'ai été frappé par l'intérêt passionné que cet homme suscitait auprès d'un public le plus généralement blasé. Une exposition de la Parfumerie, en dehors de tout caractère de publicité de marque en particulier, à BEAUBOURG par exemple, bien que difficile à réaliser, me paraîtrait une magnifique ambition pour la S.T.P.F., et qui servirait certainement beaucoup la cause de la Parfumerie française auprès du public.

E) A la première question sur des propositions de thèmes de conférences, je citerai (si cela n'a pas déjà été traité) :

- Peut-on appeler la Parfumerie un métier d'Art ?

- Si l'on compare peinture et parfumerie, peut-on dire que cette dernière, depuis la période classique, a connu les révolutions impressionniste, cubiste, abstraite, etc...?

- A la suite d'un article récent intitulé "Parfumeur, ton nom est Personne", ne peut-on s'interroger sur l a question de savoir si la création personnelle est possible en parfumerie, et sinon la conséquence n'en est-elle pas une certaine non-créativité de la profession ?

Je ne permets de suggérer encore des rencontres-débats. Par exemple entre un parfumeur-compositeur et un créateur en musique, danse, sculpture, pour tenter de discerner si, au point de vue de la création, il n'y a pas des possibilités d'apport pour notre profession à la connaissance des processus créatifs d'autres disciplines.

Il serait intéressant de faire s'exprimer , également, de jeunes parfumeurs sur le métier qu'ils ont découvert, et par là, tenter de conna'itre un point de vue un peu étendu sur notre profession.

- Impérialisme du marketing, ou, peut-on concevoir une création authentique édifiée sur les bases d'un consensus de consommateurs ?

Enfin, je crois personnellement qu'il y a des rapports extrêmement forts et importants entre les domaines des odeurs et l'inconscient des individus. Des conférences-rencontres avec des psychologues ou psychanalystes seraient instructives : on peut même espérer découvrir de nouvelles voies sur la conception de notre métier.

Je vous prie d'excuser, Monsieur le Président, la longueur de mon texte, mais la faute en est à votre questionnaire qui a laissé se débrider mon imagination.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments distingués.

Jean François BLAYN

*****

Nous avons le plaisir d'annoncer que, le 29 octobre 1980, dans les Salons du Sénat, le Président POHER a remis les insignes de Grand Officier dans l'ordre National du Mérite au Président d'Honneur de la Fédération, Jean-Jacques VIGNAULT.

La rédaction du Bulletin, au nom du Comité Directeur et de tous les membres de la S.T.P.F., présente au Président Jean-Jacques VIGNAULT ses plus sincères félicitations.


PRIX 1980

Après deux années d'intervalle sans attribution du Prix malgré les nombreuses candidatures, voilà enfin un bon résultat : un premier prix et une mention, suivant le nouveau règlement dont le but est d'encourager sinon des débutants, du moins des créateurs relativement jeunes dans le métier.

Nos félicitations aux lauréats, et nos souhaits très sincères d'une brillante carrière pour l'avenir.

PROCES-VERRAL DE LA REUNION DU JURY DU PRIX 1980

Le Jury désigné par le Comité Directeur de la S.T.P.F. sur proposition de la Commission du Prix s'est réuni le jeudi 18 décembre 1980 au siège de la Fédération Francaise de l'industrie des Produits de Parfumerie, de Beauté et de Toilette, 8 place du Général Catroux - 75017 PARIS.

Conformément à l'article 3 du Réglement du Prix, le Jury composé de 13 membres est constitué comge suit :
PRESIDENT : Monsieur Jean KERLEO, Parfumeur, Directeur Technique JEAN PATOU
MEMBRES : Mademoiselle Brigitte FOURNIER, Boutique 'REFLETS DE PARIS" Aéroyort d'ORLY,
Madame Dominique LARUE-KERGROHEN , Rédactrice à "VOTRE BEAUTE",
Mademoiselle Josette RANISE, Parfumeur NAARDEN INTERNATIONAL,
Madame Monique SCHLIENGER, Parfumeur, Professeur à l'ISIP,
Monsieur Robert GONNON, Directeur Technique FIRMENICH,
Monsieur Bernard MEYER-WARNOD, P.D.G. Société C.A.L.,
Monsieur Claude PALATIN, Directeur Marketing Parfums ROCHAS,
Monsieur Maurice ROUCEL, Parfumeur IFF,
Monsieur François de ROUSSY DE SALES, Comité Français du Parfum,
Monsieur Henri SERAG, Directeur Technique AZUR FRAGRANCES,
Monsieur Maurice THIROUD, Chef Parfumeur GIVAUDAN.

Assistaient à la réunion, conformément au Règlement du Prix (A r t . 5 5 4), sans prendre part aux délibérations :

Monsieur Gilbert SICRE, Président de la S.T.P.F., Rapporteur,
Monsieur René CORNON, Président de la Commission du Prix, ainsi que Maître Robert LASSEAUX, Huissier de Justice (A r t. 2 dernier alinéa), à qui avaient été remis le Règlement du Prix e t une enveloppe cachetée contenant les enveloppes demeurées closes, envoyées par les concurrents et portant la même référence que celle donnée à leur parfum respectif.

Tous les membres du Jury avaient reçu deux semaines avant la réunion des échantillons des parfums et un exemplaire du Règlement du Prix.

Trois des membres du Jury, Madame Dominique LARUE-KERGROHEN , Monsieur François ROUSSY DE SALES et Monsieur Maurice THIBOUD ne pouvant assister à l a réunion, avaient exprimé leur jugement par correspondance. Les autres membres étaient présents.

Les parfums soumis au concours étaient au nombre de 12 (douze), et portaient les références suivantes :

BIB – CAT – CFC – DAF – DCJ – FKJ – GAP – IflA – LIL- MIC – SEN – YMC

Avant que ne commence la délibération, le Président Gilbert SICRE présente les participants et rappelle brièvement sur quels critères et dans quel esprit doit se baser leur jugement, en soulignant que le Prix 1980 est destiné, cette année, à récompenser un jeune talent. Il passe la parole à Monsieur Jean KERLEO, Président du Jury, qui ouvre la séance et donne quelques commentaires sur certaines dispositions du Règlement du Prix. Après quoi, il demande aux membres du Jury de lui remettre par écrit, conformément au Règlement, leur choix sur les réferences sélectionnées.

Le dépouillement permet de dégager les soumissions suivantes : FKJ- IYA – MIC – YPIC

Le Président Jean KERLEO demande à chacun des membres de bien vouloir commenter leur choix, et il apparaît que les participants ont procédé à des évaluations remarquables et fort bien argumentées.

Il est alors procédé à un second vote qui met en évidence les références : IMA et YMC

A la suite d'une discussion générale portant sur ces deux dernières, et les membres du Jury s'étant exprimés à tour de rôle, un troisième vote donne le classement suivant : YMC et IMA

Le Président du Jury, Monsieur Jean KERLEO, pose alors la question de savoir si la référence YMC est digne d'obtenir le Prix. Des avis qui sont donnés, il ressort que le niveau général n'a pas paru très élevé. Cependant, s'agissant cette année d'un Prix destiné à encourager un jeune talent, le Jury a statué en tenant compte de cette disposition du nouveau Règlement, et a pris la décision d'attribuer le Prix de la Société Technique des Parfumeurs de France 1980 au narfum portant la référence : YMC et une mention au parfum : IMA.

Maître R. LASSEAUX, Huissier de Justice, procède à l'ouverture de l'enveloppe référence YHC.

L'auteur de ce parfum est Monsieur Jean-Yves LE ROY,
Parfumeur chez GIVAUDAN KK 15-23 Seta - 1 - Chome
SETAGAYA-KU TOKYO (JAPON) qui est déclaré Lauréat du Prix de la S.T.P.F. 1.980.

La mention attribuée au Parfum IMA a pour auteur Monsieur Claude DIR,
Parfumeur aux Ets. V. MANE Fils
3 Crest Terrace
MONTVILLE NEW-JERSEY - U.S.A.

Les 10 (dix) enveloppes restantes, demeurées closes, ont été détruites par les soins de Maître R. LASSEAUX, Huissier de Justice, conformément au Règlement.

Le Président du Jury remercie les membres pour leur contribution et déclare la séance close. Le Président Gilbert SICRE s'associe à ces remerciements et souligne le sérieux et l'objectivité dont ils ont fait preuve lors des délibérations.

A TRAVERS LA PRESSE

Tout d'abord, un papier intéressant et sérieux, sans bavures habituelles. Il s'agit d'une interview que Jean-Paul GUERLAIN a accordée à la revue COSMETIC WORLDBEWS (Angela CLEMENTS) de septembre 1979, et que nous avions omis de citer dans le précédent numéro du BULLETIN.

Nous nous hâtons de combler cette lacune pour dire que c'est un réel plaisir de lire dans la presse où sévit tellement souvent le "bêtisier" affligeant, ce précis de l'histoire de la Maison GUERLAIN, et entendre son actuel chef raconter comment son grand-père, Jacques GUERLAIN, a créé des chefs d'oeuvres impérissables comme APRES L'ONDEE en 1906, L'HEURE BLEUE en 1912, MITSUKO en 1919, SHALIMAR en 1920 e t VOL DE NUIT en 1933. Quelle maison, quel parfumeur peut se vanter d'avoir tant contribué à la gloire de la parfumerie ?

Ensuite, Jean-Paul GUERLAIN parle de son "école" de parfumeur, et comment il fût amené, au cours des ans, à penser ses propres créations, comme le VETYVER, CHAMADE, PARURE et enfin NAHEMA (ainsi que CHANT D'AROMES, HABIT ROUGE).

Et enfin, il s'explique sur la conception "GUERLAIN" qu'il compare au caractère qui est particulier à chaque créateur, peintre ou musicien, et évoque avec beaucoup de pertinence sa "philosophie" du parfum.

A faire lire à tous les jeunes qui débutent, afin qu'ils réfléchissent sur le chemin ardu à parcourir et sur la vocation du créateur en parfums - un métier qui pourrait être si beau,
si...

******

Par contre, ce que nous avons lu dans le SAN FRANCISCO EXAMINER du 27 avril 1980 sous le titre : "La douce odeur du succès pour l'industrie française du parfum", est à classer dans la collection du "Grand Bétisier de la Parfumerie".

Dommage pour les parfumeurs interviewés par Mary SIANYAN qui signe le papier : ils avaient mérité beaucoup mieux.

Cela commence ainsi :

GRASSE, les jasmins et les roses, les violettes, lilas, lavandes et autres fleurs odorantes qui fleurissent ici avec tant d'abondance chaque printemps, sont à la Haute Provence ce que les champs de blé sont au Kansas.

Plus loin, en citant une très importante maison de matières premières, la journaliste écrit : "(cette société) fabrique tout jusqu'au moment où l a formule est transformée en absolue, l'essence qui part chez le couturier ou la société qui simplement y ajoute de l'alcool, remplit les flacons et y place les étiquettes.

Dans le même souffle, en parlant de cette maison grassoise de matières premières, l'ineffable journaliste écrit :

En 1920, cette maison a participé à un évènement encore plus important concernant un parfum qui continue à être synonyme avec le luxe, et une odeur pleine de séduction.

Il y avait un homme, nommé Ernest BEAUX qui est venu de RUSSIE en FRANCE. Il faisait des expériences avec une nouvelle odeur, et a décidé d'y ajouter un peu d'un nouveau produit chimique, ALDEHYDE. C'était l'ingrédient qui avait transformé la formule en quelque chose de sensationnellement nouveau et différent, comme le dit Alain WERTHEIMER, Président de CHANEL.

Pauvres lectrices de SAN FRANCISCO EXAMINER ! Mais puisqu'elles n'ont pas la moindre idée de ce dont il s'agit, cette prose, doit paraître "sensationnellement excitante et nouvelle" !

Et notre journaliste, qui s'est mélangé les pédales, continue imperturbablement sa visite de l'usine... de cette maison de matières premières, guidée par notre sympathique collègue Françoise MARIN.

Mais voici le bouquet : ayant appris qu'au XVème siècle, une spécialité grassoise consistait à parfumer des gants, Miss SIANYAN enchaîne :

Un nom de ces jours anciens survit encore. Partout où vous jetez un regard, il y a des signaux portant le nom FRAGONARD, le propriétaire originel du nom, d'après les annales récentes, était FRAGONARD, l'enfant de GRASSE (en français dans le texte) un fabricant de gants du XVIIIème siècle ... la référence contemporaine à un musée de ce nom qui, les gens du pays vous le diront, est en partie historique, mais s'occupe pas mal aussi de la vente de parfums !

Et il y en a encore quatre colonnes de la même veine.

Nous décernons à Mary SIANYAN l'oscar du Grand Bêtisier de l a Parfumerie 1980 !

Nous avons aussi passé quelques instants agréables en lisant dans COSMOPOLITAN, Décembre 1979, un papier signé Rosine VIDART, et intitulé "Des parfums qu'on suivrait au bout du monde".

Après avoir évoqué les phéromones et raconté comment une journaliste américaine fût "tourneboulée" en rencontrant dans un ascenseur un monsieur fort distingué, dont les phéromones personnels, mélangés à son eau de Cologne poivrée et à l'odeur de sa chemise fraichement repassée et de sa légère transpiration, ont chamboulé sa vie ...

Voulant apprendre comment concilier phéromones et parfums, l'auteur se rendit à GRASSE pour en savoir plus long. Là, on lui apprit qu'il ne suffit pas de secouer dans une bouteille des pétales de fleurs et de l'alcool, mais qu'il faut y ajouter des substances naturelles animales, des produits de synthèse et surtout, il faut un chimiste pour coordonner le tout.

Ce chimiste particulier s'appelle un nez ou un compositeur-parfumeur. Ces nez, généralement, se succèdent de génération en génération dans les familles de parfumeurs. Il est très rare qu'un fils de médecin ou d'avocat devienne un nez. Il faut avoir été élevé dans les effluves, c'est à dire là, dans la parfumerie, pour avoir ce virus très spécial.

Et voilà, vous l'avez entendu : si vous êtes fils de médecin ou d'avocat, ou de n'importe qui, ne croyez pas pouvoir faire carrière dans la création, en parfumerie. Abstenez-vous, et avant qu'il ne soit trop tard, changez de métier...

Et cela continue : Chaque année, on récolte 4 millions de kilos de violettes, de mimosas, de jonquilles, de tubéreuses, de roses et de jasmin. Plus toutes celles qui viennent de YOUGOSLAVIE, d'INDONESIE, du MEXIQUE (les violettes d'IND0NESIE et les jonquilles du MEXIQUE - tout le monde connaît ça !).

Le musc : secrété par une petite chèvre d'Asie Centrale et de Chine.

La civette : se trouve dans les parties sexuelles du chat musqué.

Le castoréum qui provient du castor fiber.

Ensuite vient un abrégé sur la composition même :

Notes de tête : bergamote, orange et mandarine.
Note de cœur : rose, géranium, néroli.
Note de fond : jasmin, santal, patchouli, vétyver, civette, musc, ambre.

Ce n'est pas facile, avoue l'auteur, et elle comprend pourquoi les bons nez font fortune.

Après, la journaliste semble avoir mieux retenu sa leçon, car elle parle avec à propos des femmes, des âges et des parfums. Suivent des conseils pratiques et des commentaires sur plusieurs parfums connus - de la littérature habituelle, dithyrambique, ampoulée et pompeuse.

Quand est-ce que nous pourrons lire, sous la plume d'une de ces journalistes spécialisées, une CRITIQUE sur un parfum, comme nous lisons e t entendons en permanence dans tous les médias, des CRITIQUES sur toutes les oeuvres, qu'elles soient purement commerciales ou à tendance artistique ?
Livres, films, pièces de théâtre sont analysés, critiqués, commentés très souvent avec pertinence par des spécialistes du genre, ce qui guide très souvent le public non averti.

Pourquoi ne critique-t-o n pas honnêtement un parfum ? Il y aurait des "pour" et des "contre" objectivement exprimés par les uns et les autres, e t la vente - succès public – pourrait bien être inversement proportionnée aux dénigrements de la critique.

De quoi a-t-on peur ? Pourquoi le parfum est-il "tabou" ?

Pourquoi n'a-t-il droit qu'aux louanges ? Pourquoi est-il infaillible ?

NOUVEAUTÉS 1980

Si l'année 1980 est l'Année du Patrimoine, en ce qui concerne le "patrimoine" de l a Parfumerie, l'année 1980 restera, dans les annales de notre petite histoire, comme l'année des LIGNES MASCULINES.

Depuis la sensationnelle découverte faite il y a environ une quinzaine d'années de l'homme moderne qui peut se parfumer sans déchoir, et sans courir le risque d'être accusé d'être "efféminé", les spécialistes des marchés ont mis les bouchées doubles, et une nouvelle version du "machisme" a commencé de s'étaler dans les pages publicitaires des magazines internationaux.

Suivant cette nouvelle version, le "machisme" se trouve extrêmement renforcé, comme projeté dans le temns et dans l'espace, par un emploi massif de tout ce qui parfume, car à travers ce "parfumage" intensif, c'est la VIRILITÉ masculine qui se trouve renforcée, mise en évidence, sublimée dirons-nous.

Enfin, l'homme est devenu complètement HOMME ... !

Oubliées, les timides eaux de Cologne à tendance Lavande et Tabac, dépassé le Cuir, les lotions après-rasage et les spécialités capillaires discrètes. La voie a été ouverte par LAUDER qui, fin des années 1960, a frappé un grand coup en lançant sa ligne pour hommes ARAMIS qui comptait quelques 22 produits : de l'eau de toilette jusqu'au fond de teint pour P.D.G. trop blêmes, en passant par des crèmes, des huiles pour le bain, et que sais-je encore...

En France, où la parfumerie semble parfois avoir un bon métro de retard sur les innovations venues d'outre Atlantique, ce mouvement était plus lent à démarrer, mais le temps perdu a été certainement rattrapé : il suffit de lire dans nos revues specialisées les papiers consacrés à l'étude de ce secteur du marché encore insuffisamment exploré et exploité, et de regarder les chiffres que publie la Fédération :

Chiffre d'affaire réalisé en France avec les produits pour HOMMES :

- 1977 : 464 millions
- 1978 : 550 millions
- 1979 : 671 millions

Personne ne voudrait rester en arrière, et la moisson des produits pour hommes est surabondante.

Jetons un regard sur ce qui se fait dans ce domaine, pour voir si les créateurs ont fait un réel effort d'imagination, et s'il y a progrès par rapport à ce que nous considérons comme les trois grands classiques de l a parfumerie masculine française, à savoir : POUR UN HOMME (CARON), MOUSTACHE (POCHAS) et EAU SAUVAGE (DIOR) qui, chacun en son temps, ont fait école, créé des tendances donc suscité des imitations, et qui encore à ce jour, seportent fort bien, il nous semble.

Nous avons choisi 10 créations qui ont vu le jour au cours de ce printemps de Paris qui était un printemps pour les hommes et où, même les tenants de la "parfumerie parallèle" - celle qui se vend dans les boutiques "SENTEURS", ont apporté leur contribution à cette éclosion virile !

Voici, dans l'ordre alphabétique, notre choix de l'année 1980 :

1) BALENCIAGA : PORTOS ou VINGT ANS APRÈS ...


Le père DUMAS, dont la statue regarde, pensive, le numéro 8 de la place Malesherbes, siège de la Fédération, doit se demander si un lien quelconque existe entre sa présence face aux bureaux de la Fédération, et le succès de ses Trois Mousquetaires en parfumerie.

Il se demande, le père DUMAS (en pestant contre les pigeons qui affectionnent tout particulièrement sa tête pour s'y poser), quel parfumeur français choisira, pour son prochain parfum pour homme, ATHOS d'abord, et ensuite qui aura l'audace d'appeler d'ARTAGNAN comme parrain ? Et pourquoi pas le VICOMTE DE BRAGELONE ?

PORTOS donc chez BALENCIAGA 1980. L'originalité dans la copie. Flacon, étiquette - rien à dire : copie conforme. Mais Alexandre DUMAS ne peut plus prétendre aux droits d'auteur - son oeuvre est depuis longtemps tombée dans le domaine public. Quand au parfum, comme chacun le sait, il n'y a pas de protection des formules, alors...

2) BOGART : VETYVER

Encore un. Et pourquoi pas ? Le mot "Vétyver" n'est pas un nom déposé, protégé par le dépôt des marques.

Seulement si ce "jus" sentait vraiment le vétyver, à la magnifique odeur chaude, pénétrante et riche, autour de laquelle 3 ou 4 parfumeurs ont su créer une aura fragante et belle...

Ici, à part le nom sur l'étiquette, rien n'évoque le vétyver. Passons. Espérons que le prochain BOGART dont on parle et qui s'appellera ONE MAN SHOW aura, lui, quelque chose de valable à montrer.

3) BOURJOIS : L'OR MASCULIN

Présentation du style adopté par cette maison au cours de ces dernières années (MASCULIN 1 e t 2).

Le liquide que l'on voit dans ce flacon est tellement coloré que l'on se demande si cette belle teinte ambrée est réellement le fait des huiles essentielles et des essences absolues que contient sa formule (si je me trompe, qu'on me le dise, je publierais très volontiers un démenti).

L'odeur, chaude, agréable et tenace, a certainement un air de proche parenté avec ce que j'appellerais, en 1980, " L'EAU DES MOUSQUETAIRES" ou "LES PARFUMS DE MILADY", et pourrait fort bien bien s'appeler ATHOS ou D'ARTAGNAN.

Curieux... Les voies du marketing en parfumerie sont insondables. Mais l'OR MASCULIN a le mérite d'être la première version française des "EAUX DES MOUSQUETAIRES".

4) D'ESPREZ : BAL A VERSAILLES POUR HOMME

Je suis persuadé que les petits marquis des bals à Versailles étaient autant inondés de senteurs que leurs belles dames. Le nom choisi par Jean d'ESPREZ (qu'il n'est pas allé chercher chez Alexandre DUMAS), est une petite réussite.

Le flacon, comme emprisonné derrière une grille dorée ... Est-ce en honneur au" Marquis de SADE" embastillé par ordre du Roy ?

La publicité, très simple et de bon goût, tout en noir et or.

Le parfum ? La première impression : ce que BAL A VERSAILLES - EXTRAIT (pour femmes) est à HEURE BLEUE, cette version EAU POUR HOMMES est à ... APRES L'ONDEE. Les références sont plutôt flatteuses, la richesse et la profondeur en moins. Odeur fraîche, franche, poudrée, mais pas "masculine" du tout (quoique en vertu du nouveau "machisme" toute odeur peut être masculine et virile). Que la fête commence !

5) DIOR - JULES

Au moins en ce qui concerne le vocabulaire, on saute allégrement 2 ou 3 siècles : de Louis XIII, Louis XIV en plein 20ème siècle. On pourrait écrire une monographie sur le thème : "Étude psycho-sociologique sur les épigônes des grandes familles", ou : "L'apparition d'un spécimen légèrement encanaillé dans un environnement sélect". Oh, JULES ! On pense aussi un peu au Bal des Apaches de la rue de Lappe (pour touristes 1925 du Gay Paree-Canaille). Est-ce que le prochain, chez DIOR ou ailleurs, s'appellera "MEC" ?

Eh, JULES ! Flacon simple en verre fumé (très à l a mode partout, des buildings de la Défense aux vitrines des coiffeurs). Présentation sobre et dépouillée. La fragance ... aussi éloignée des "classiques" de DIOR qu'est le nom "JULES" des DIORLING, DIORISSIMO, DIORELLA et autres EAUX SAUVAGES. C'est la note "masculine" au goût du jour : aromatique, assez agressive, ambrée, sans profondeur ni originalité, mais qui doit plaire au plus grand nombre, précisément parce qu'elle est conforme aux tendances du moment. Ni originale, ni trop banale. Impression du "déjà senti" sans que l'on puisse trouver une référence exacte.

Excellente publicité, lancement à grand fracas. Dessins de la même veine que ceux publiés pour toutes les autres créations DIOR.

Salut, JULES ! En roulant les épaules, il pourrait se tailler une place très honorable parmi tous ces "machos".

6) JACOMO - JACOMO DE JACOMO, ou retour au cubisme

Flacon en forme de pyramide en verre noir, mais qui veut évoquer le COLT 45 accroché à la ceinture du cow-boy. On appuie sur le bouchon du vaporisateur comme sur une gachette pour faire partir le jet odorant qui sent ... quoi, en fait ? Mais "L'eau des mousquetaires", voyons, revue et corrigée par le Jules de service ! C'est puissant, tenace, poivré, aromatique et ambré comme si on avait découvert quelque part en Auvergne ou dans les Vosges une source inépuisable qu'il suffit de mettre en bouteilles. La nouvelle Eau de Jouvence, la nouvelle eau virile pour l'homme ! De l'une à l'autre, tout est parfaitement interchangeable, à quelques nuances près.

Imaginons une vision futuriste (bête et méchante) : les maisons de parfumerie lancent sur le marché des emballages originaux qui les distinguent les unes des autres.

Les noms des créations sont aussi des nouveautés, mais le contenu est parfaitement identique pour tous les flacons pendant un an. Cru 1981, 1982 ... Ou encore, on vendra aux consommateurs les emballages vides de leur choix et pour les faire remplir, l'acheteur ira dans un supermarché ou grand magasin, ou "centre spécialisé de parfumage" et se fera remplir - au poids ou en volume - son flacon original à partir d'une pompe qui distribuera "l'eau pour homme" de l'année 1981, 1982 ... Il y aura, comme pour les vins, des années plus réussies que d'autres, mais au fond, rien ne ressemble plus à un Beaujolais Village qu'un autre Beaujolais Village. Et cela sera tellement plus simple et permettra à beaucoup de parfumeurs-créateurs, auxquels on demande de tourner en rond, de se recycler dans un nouveau métier : informatique, ou design, ou forage de pétrole en haute mer - des occupations lucratives pleines d'avenir.

7) JOURDAN CHARLES : UN HOMME

Dans un flacon mauve, d'une forme originale en arc de cercle. Le parfum bien équilibré, agréable à porter, propre et soigné. Pour les détails, voir plus haut.

Mais a-t-on vraiment besoin de "nouveautés" ? Tant que le public continue d'acheter, pourquoi diable se creuser la tête pour introduire des notes originales ? Pour plaire à qui ? Pour donner satisfaction à qui ? Pour arriver à quoi ? Pour flatter le goût de quelques esthètes attardés ? Pour faire taire le chroniqueur de ce "Bulletin" avec ses commentaires acides, acerbes et accablants ?

Cela ne vaut pas la peine, bien sûr. Pour faire progresser la Parfumerie avec un "P" majuscule ? Foutaises, tout cela ! D'ailleurs, les années des vaches grasses, hélas, se terminent, et qui sait si en 1981, il y aura des nouveautés à commenter ?

8) JEAN PATOU : POUR HOMME

Excellente présentation digne de cette maison prestigieuse, alliant le classique et le moderne dans la sobriété des lignes pures de ce flacon trapu, tout en largeur, coiffé d'une capsule-bouchon tout en largeur aussi. L'eau elle même nous oblige de dire, après tout ce qui précède : l'exception confirme la règle, car cette nouvelle Eau pour Homme de PATOU ne ressemble en rien à ces eaux interchangeables qui toutes ont l'air de couler de la même source.

Ceci ne veut pas dire que nous venons de découvrir le chef d'oeuvre du siècle, mais les imperfections de cette Eau sont des imperfections que l'on trouve dans toute tentative d'originalité, et il se peut que dans 10 ans, ces "défauts" d'aujourd'hui soient la base de la qualité de demain...

Le départ est très fleuri (violette verte ?) sur une note de coeur agreste e t marine, mais que nous trouvons trop "crue", trop "matière première" - mais est-ce que JOY est autre chose qu'un mélange des "matières premières" ? - avec toutefois la nuance que mélanger des Roses et des Jasmins suffit pour créer un ensemble extrêmement complexe et riche, tandis que dans cette Eau, les matières premières choisies pour donner un caractère spécifique apparaissent trop dépouillées.

Le fond est boisé et chaud comme il se doit à une création PATOU. Un certain manque de lien entre les diverses phases, un peu heurtées et saccadées, voilà les "imperfections " mentionnées plus haut, mais globalement (un mot à la mode), une démarche qui a de la personnalité.

Le tout est de savoir si le public, friand des "Eaux des Mousquetaires", conformistes et banalisées, va se prononcer en faveur de cette Eau ? Nous le lui souhaitons.

9) ROGER ET GALLET : L'HOMME

Oui, l'HOMME comme vous et moi, ni très jeune, ni trop âgé, ni jeune premier de cinéma, ni play-boy, ni courreur en Formule 1, ni Don Juan professionnel.

Autour de cette image, une excellente publicité pour la ligne très complète de ROGER & GALLET - quelques 10 produits (y compris une crème pour les mains), encore loin des 22 ARAMIS, mais la plus exhaustive sur le marché français.

Publicité envahissante, même, car avec le nombre des points de vente ROGER & GALLET, on en voit partout. Présentations simples et de bon goût sans clinquants inutiles. Que dire de la fragance ? Hélas, pas grand chose : à l'image de l'homme "moyen", tout est moyen, conforme à la règle et sans problèmes. Une formule qui paraît être sortie de la même éprouvette que les PORTOS-OR-JULES-JOURDAN et autres JACOMO...

10) ROCHAS : MACASSAR

Peut être avec L'HOMME de PATOU, un essai de sortir des sentiers trop battus, mais bien plus "commercial" que le PATOU, quoique la note de départ est un peu trop "crue", elle aussi, un peu trop "épices / cuisine" qui fait penser à la branche de céleri que l'on trouve sur les tables de tous les restaurants en Angleterre. Vient ensuite un passage Cuir (tendance BANDIT). Comme dans la création de PATOU, une recherche d'originalité avec la même impression d'un mélange de matières premières naturelles sans grand lien entre elles.

Point et contrepoint, ce qu'il y a d'important, c'est indiscutablement la recherche d'une voie inhabituelle et c'est cela qui compte.

La présentation est très belle. Le flacon, mi-rond, mi-rectangulaire, large, simple et dépouillé, aux lignes aussi inhabituelles ; du très bon ROCHAS. Saluons au passage le joli nom de MACASSAR qui évoque des bois précieux des iles lointaines de l'océan Pacifique, et qui fait rêver à autre chose qu'aux personnages du Père DUMAS, aux petits marquis et aux cow-boys de cinéma.

Et voilà. Quelle conclusion à tirer de tout ce qui précède ?

A deux exemples près, les créations 1980 (8 sur 10) ne sont que des remake, comme on dit à HOLLYWOOD.

On offre aux consmmateurs du design, des belles présentations parfois luxueuses même, et des noms célébres dans la Parfumerie, la Couture et la Chaussure.

Pour le reste - le contenu - au nom duquel tout le battage se fait, tous les millions sont dépensés, sans parler du travail , des efforts collectifs énormes mis en oeuvre, et qui font vivre heureusement beaucoup de gens, pour l e reste, c'est une "autre paire de manches", comme dirait KIPLING.

Et pour la PARFUMERIE FEMININE, l'année 1980, qu'apporte t - e l l e ?


La récolte paraît bien plus maigre en comparaison de la floraison des lignes masculines, mais après l'avalanche des nouveautés 1979, cela ne surprend pas, et à regarder de près, il y a assez de créations nouvelles pour faire figurer 1980 en bonne place parmi les années à "grands crus" ou réputées-t-elles.

Jetons d'abord un regard sur les Eaux de Toilette, en respectant l'ordre alphabétique des maisons qui signent un lancement.

1) CARON : Eau de Cologne.

Ou la nostalgie du passé glorieux de cette marque dont le nom restera associé aux souvenirs d'une parfumerie prestigieuse : NUIT DE NOEL, BELLODJIA , FLEURS DE ROCAILLE ...

Cette "nouvelle" Eau de Cologne ressemble à toutes les eaux de coloane du monde, à quelques infimes nuances près. Elle est très "propre", un peu épicée, légère, transparente, et on est obligé de dire que l'o n pouvait s'attendre à autre chose de la part de CARON !

Le flacon est bien entendu des années 1920, avec son long et haut bouchon en verre et son étiquette d'une simplicité extrême qui frise la "pauvreté".

Quant à la publicité, c'est du"rétro" parfait : une photo en noir et blanc représentant une joueuse de golf (noblesse oblige) dont la tenue de sport est tellement 1928 que l'on croit voir, dans la foule des spectateurs qui entourent la joueuse de golf, l'ombre de Scott FITZGERALD...

2) GIVENCHY

Dans le flacon qui fût créé pour le lqncement du I I I de GIVENCHY, sobre et sans prétention, orné d'une étiquette ronde toute simple, une Toilette à note Verte très intéressante : fraîche, montante, naturelle et qui fait penser au thème VENT VERT repris et retravaillé avec des éléments qui n'existaient pas encore sur la palette du parfumeur, quand la regrettée Germaine CELLIER, il y a une trentaine d'année de celui, avec un trait de génie (dont elle avait le secret), a créé pour BALMAIN cette note unique – apparue 20 ans avant que les notes vertes, fraîches et un peu froides ne deviennent une tendance.

Mais revenons à la Toilette de GIVENCHY 1980 : la note se developpe en faisant ressortir des accords fleurs – fruits avec un fond boisé sec, un peu trop dépouillé. La publicité est bien adaptée à l'idée "la fraîcheur - le naturel " (qui revient "au galop" dans les créations des parfumeurs). Un très bon point pour les parfumeurs et les "marketeurs".

3) GRES

Dans une présentation ordinaire (une étiquette d'un goût douteux) qui se veut ARTS DECO, une Eau de Cologne dont il n'y a pas grand chose à dire : ni fraîche, ni chaude, sans caractère, fugace. N'apportera strictement rien au renom de GRES, et encore moins au rayonnement de la parfumerie française.

4) RICCI : EAU DE FLEURS

Le "naturel", toujours le "naturel". A se demander si la "parfumerie parallèle" (style VILLAGE pour ne nommer que celui-là), ne commence pas à "déteindre" sur la parfumerie traditionnelle ou la recherche de la note "naturelle" un peu écologique, très florale, très éloignée des modes trop sophistiquées (parfums "boudoirs" ), avec une presentation qui accentue cette simplicité et cet effet du retour à la nature, du retour aux sources de l a parfumerie, semble apparaître dans collimateur du marketing (voir par exemple le shampoing aux Pommes Vertes de l'OREAL, où même l'étiquette ressemble à s'y méprendre aux vignettes de VILLAGE, très début du siècle).

Bref, cette EAU DE FLEURS de RICCI, dans son flacon connu style AIR DU TEMPS, orné d'une guirlande de fleurs, est en effet agréablement fleurie mais manque singulièrement de "naturel" : la note florale, pas riche du tout et sans chaleur, fait très "synthétique", ce qui contredit la notion même d'une eau de fleurs. Avec un peu plus d'imagination créatrice et quelques francs de plus pour améliorer le concentré cette EAU DE FLEURS serait bien plus proche de la publicité qui est faite autour d'elle. Telle que, c'est du "sent bon" passe-partout et gentillet. Dommage.

*****

Que dire des PARFUMS-EXTRAITS 1980 ? Nous vous proposons 3 sans enthousiasme, malheureusement, mais peut être nous trompons-nous et le public fera-t-il un succès à ces trois apparitions que voici :

1) KENZO

Le couturier japonais parti à l a conquête du marché français avec son style très exotique, "folklo" , très jeune qui bien entendu, comme tous ses confrères, n'a pas résisté à la tentation d'associer son nom - fort connu et apprécié dans le monde de la haute couture - prêt à porter - à la Parfumerie.

Et cela aboutit à KING-KONG qui fait objet même d'une publicité murale, jamais encore utilisée pour un produit de parfumerie. Ce nom est choisi pour choquer, car il évoque ce monstre velu et viril qui, dans l'obscurité des salles de cinéma, fait des apparitions périodiques, pour faire passer un frisson d'épouvante et se faire pâmer une certaine catégorie de femmes...

La flacon est très beau : lignes simpleset pures, dont la forme est dérivée, dirait-on, de celle d'un ancien flacon de saké (les 7 Samouraïs, Rachomon, Les Portes de l'Enfer, Kagemusha . . . le JAPON éternel que nous avons découvert au cinéma, alors pourquoi ce KING-KONG brutal et vulgaire ?).

Le Parfum ? On s'attendait à des accords inhabituels, agressifs, jeunes, exotiques ou bien choquants, comme le nom, ou encore typés comme les modèles de KENZO, et qu'avons-nous trouvé dans ce beau flacon qui fait rêver ? Un parfum très riche certes, très "rond" et bien fait, mais désespérément "déjà senti" comme ces classiques des années 1920 (qui se portent encore très bien de nos jours), de la fameuse cuvée des modes florales - boisées, aldehydées-animales qui sont légion. Pas ombre d'originalité. Un parfum banal de la belle époque, très bien réalisé techniquement, sauf tout à
fait à la fin de l'évaporation où perce une note un peu "sale" qui fait penser à un dosage mal équilibré d'une absolue de chassis.

Mais ce parfum s'inscrit fort bien dans la gamme des odeurs particulièrement appréciée par le marché japonais, et on se demande si ce KING-KONG Made in France n'est pas, enfin de compte, plutôt destiné à prendre le chemin du pays natal de son créateur...

2) TED LAPIDUS : ENVOL

Le dernier né de 1980 (ces lignes sont écrites le 15 novembre). Publicité : dans le style bien connu "le dernier refuge de la poésie française". C'est beau, c'est romantique un peu pompeux.

Flacon en verre bleu, carré, plat avec un petit bouchon en forme de boule, placé sur un socle recouvert de velours - synthétique - mais où est-ce que nous avons déjà vu ça ? Du rétro, toujours du rétro pêché dans les inépuisables années 1920.

Le parfum : agressif, violent à note fleurie devenant très ambrée, mais avec un relent "chimique" qui persiste sur la mouilliette et qui ne ressemble à rien de connu : un effort véritable de sortir des sentiers battus, heurté – point et contrepoint - une "desharmonie" qui peut devenir une harmonie de demain, cormme le thème de n o t r e discussion autour d'une Table Ronde à l a S.T.P.F. i l y a quelques années de cela. Souhaitons un vol réussi à cet ENVOL (s'il arrive à décoller...).

3) LOIC DELTEL

Nouveau venu parmi les créateurs, tout en étant un chevronné de la parfumerie, il lance son premier parfum SHAINA, dans un flacon en céramique blanche rehaussé d'un bouchon doré en forme de coupole ... mettons du TAJ-IAHAL.

Ce bouchon et le nom oriental choisi (est-ce une cousine de NAHEMA ?) font une fois de nlus penser à l'irrésistible attrait de la Mecque des Parfumeurs. Oui, aujourd'hui, tous les chemins ne mènent plus à ROYE, mais plutôt à ABOU-DABI, RIAD e t KOWEIT. Mais tous les chemins peuvent mener à la réussite.

Le contenu lui, mérite son nom oriental. C'est plus qu'un parfum, c'est une friandise, sucrée, vanillée, chaude dans le style de ces bases que les parfumeurs-créateurs désignent sous le nom fantaisiste d'opoponax. Mais LOIC DELTEIL qui est un grand spécialiste des études de marchés doit savoir ce qu'il fait. Que les caravanes cheminant dans le désert au pas lent et majestueux de leurs chameaux lui apportent de lourdes et riches cargaisons de tous les parfums d'Arabie . . .

*****

Les nouveautés 1980 que nous venons de passer en revue ne sont pas les seules qui ont été introduites sur le marché au cours de l'année qui s'achève.

La revue SUFFRAGES (n° 122 novembre) mentionne les créations qui suivent, que faute de temps, nous n'avons pas pu inclure dans nos liestes abrégées :

LES LIGNES POUR HOMMES (dans l'ordre alphabétique des sociétés)

ALAIN DELON (mais oui, et pourquoi pas, Brigitte BARDOT a bien eu sa ligne à elle)

NIN0 CERUTTI (Il y avait, au début, le KNIZETEN)

EMINENCE "E" (grand spécialiste de l'intimité masculine)

HALSTON - "Z 14" et "1-12" (ou "2 Américains à PARIS")

LANVIN - LANVIN FOR MEN (souhaitons lui de devenir dans la parfumerie masculine ce qu'ARPEGE est dans la parfumerie féminine)

SHISEIDO - TACTICS (Le premier Japonais du JAPON en FRANCE)

NICKY VERFAILLIE - EAUX FORTES DE PARFUMS PAYSAGE

WEIL - WEIL POUR HOMME.


LES PARFUMS FEMININS

CHEN YU - JARDIN SECRET (Ce n'est pas un Japonais, ni un chinois)

EVERFAST - NORIKO

HALSTON - (ou : "Un Américain à PARIS", comme dirait GERSHWIN)

HENRI D'ORLEANS - LYS BLEU (royal, bien entendu, réservé aux milliardaires)

LAUDER, ESTEE - WHITE LINEN (on peut lui faire confiance, Madame LAUDER sait ce qu'elle fait).

MONACO PARFUMS -

MORABITO - OR NOIR (ce n'est pas du pétrole, rassurez-vous !)

OSCAR DE LA RENTA - (Encore un Américain à PARIS, mais nouc royons savoir que l e parfum est une création française)

OZER - IVRESSE (Qu'importe le bocal ...)

PACOMA - EGO (Nous aimons bien ce nom - faute d'avoir senti le parfum)

PATOUT, Nadine - RIEN QU'UNE FMME (à ne pas confondre avec Jean PATOU - HOMME dont nous parlons plus haut)

SHISEIDO - MURASAKI (Attention, attention ! espérons que les parfumeurs français ne seront pas obligés - comme les constructeurs automobiles - d'envoyer une délégation à TOKYO pour implorer grâce).

t aussi pour mémoire : Nouvelle présentation du célèbre SHOCKING (SCHIAPARELLI), nouveau conditionnement de KANON (SCANNON), une Eau ALPHA1 de Fernand AUBRY, une Eau de Parfum de EMILIO PUCCI, 5 Eaux Anglaises de YARDLEY, et si nous en oublions, que l'on veuille bien nous excuser.

Quelle moisson 1980 ! Presque 50 étoiles nouvelles sur le firmament déjà très étoilé de la parfumerie.

Quelques-unes brilleront d'un éclat lumineux pendant quelques années lumière (de parfumeur), d'autres vont s'éteindre comme les étoiles filantes de la constellation de la Pleïade, mais chacune va tenter sa chance d'acquérir l'immortalité.

En attendant, tout cela fait vivre beaucoup de monde.

"POURVU QUE CA DURE ", comme disait Laetitia BONAPARTE.

Parfumerie, que de choses en ton nom !

Bien entendu, les opinions exprimées dans ces notes et commentaires n'engagent que la responsabilité du signataire de ces lignes.

Yuri Gutsatz

"' ... l'art du Parfumeur doit se pratiquer par hommes ingénieux et nobles, plutôt pour le plaisir que pour le gain, comme font plusieurs à Venise et à Paris, qui tiennent en leurs boutiques, choses rares ..."

FIORAVANTI
Moroir Universel des
Arts et Sciences,
PARIS 1584

Président : Gilbert SICRE

Responsable de la Rédaction : Yuri GUTSATZ

Dessins : Jean JEANNET

Voici le facsimilé du bulletin de liaison au format pdf
Attached File  Bulletin_Liaison_Decembre_1980.pdf ( 418.01K ) Number of downloads: 279


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