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Extrait du Bulletin de Liaison N° 11, 1987
Le Jardin Retrou...
post 12-Nov-2010, 12:06 PM
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Internet n'existait pas sous la forme que nous connaissons tous aujourd'hui, les blogs et autres forums encore moins, le bulletin de liaison de la S.T.P.F. (Société Technique des Parfumeurs de France) permettait de faire le point sur l'année écoulée.

Parmi toutes ses rubriques, celle réservées aux nouveautés de l'année, nouveautés analysées, passées au crible où Yuri Gutsatz, avant tout autre, disait tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas !

Avec le recul, que reste-t-il de ces nouveautés, ses critiques sont elles toutes justifiées ?

A vous de juger.


NOUVEAUTÉS 1986



Encore une année, encore un millésime pour les « appellations contrôlées » de la récolte nouvelle...

Si les amateurs de vin ont l'habitude de se réjouir en clamant « Le Beaujolais nouveau est arrivé ! », je me demande si les amateurs de parfums ont de quoi pavoiser en honneur de l'arrivée des « grands crus » de l'an de grâce 1986 ?

Eh bien, encore une fois je vais coiffer le plat à barbe du Seigneur de la Mancha, enfourcher ma vieille Rossinante, et partir en campagne pour pourfendre les moulins à vent en poursuivant cet « impossible rêve », cet inaccessible idéal d'un parfum avec un P majuscule...

La Commission Technique de la S.T.P.F. a établi une classification de quelque 16 nouveautés 1986 tant féminines que masculines, et vous lirez ailleurs dans ce numéro du Bulletin de Liaison, les résultats de ce travail sérieux et impartial.

Quant à moi, pour rester fidèle à ma mauvaise réputation, je vais « classer » à ma manière, et avec une dose de tristesse et de déception, les 6 nouveautés féminines et les 5 nouveautés masculines que j'ai eu l'occasion de regarder de plus près.

La «fuite en avant» dont j'ai parlé l'an passé, continue et les «décideurs» des lancements continuent de ce fait, à concevoir la Qualité et l'Originalité de leurs «créations» en privilégiant d'une part des budgets publicitaires monstres — sans lesquels il est vrai, aucun créneau du marché ne pourrait être conquis — et d'autre part des dépenses somptueuses pour des présentations (packaging en «franglais»), non moins somptueuses grâce au talent des « designers » et l'habileté technique des verriers.

Ceci dit, et par ordre d'entrée en scène alphabétique des Maisons, les 6 nouveautés Féminines:

Jourdan, Charles introduit son Insolent ! Le flacon est joli, net, de forme géométrique bien rehaussé par un bouchon qui rappelle un nœud d'écharpe noire dont un bout se dresse comme soulevé par un coup de vent. Le contenu de ce joli ouvrage est confus, avec sa note ambrée-douce, qui par moment sent la mangue un peu trop mûre et qui au bout de 24 heures, devient tout à fait «confiture».

Laroche, Guy propose dans un beau flacon très « Arts Déco », son nouveau parfum sous le nom de Clandestine. Il n'y a pas grand-chose de «clandestin» dans ce produit ambigu. C'est un fleuri un peu vert, un peu fruité, un peu ambré : tantôt tubéreuse, tantôt gardénia; tantôt rose laissant au bout de 24 heures sur la touche un fond fleuri-ambré, timide, sans grand caractère. Souhaitons à Guy Laroche un nouveau Fidji pour son prochain parfum.

Max Factor
, ajoute à son jardin un Jardin d'Amour. Une note ultra classique dans les tonalités poudrées-ambrées-rosées et la banalité du nom va de pair avec la simplicité de l'odeur par ailleurs, techniquement bien faite. Surtout à la fin de l'évaporation de 24 heures, la note est puissante (florale-ambrée), bien ronde et aussi banale que le départ. C'est un bon Max Factor qui ne prétend pas décrocher la lune comme le font certains...

Montana — lance Montana l Le flacon est une œuvre d'art et qui a le grand mérite de ne ressembler à aucun autre flacon de parfum : une ligne en même temps pure et tourmenté ; en mouvement d'hélice, corps de femme, vis d'Archimède ? Sur la touche le parfum paraît heurté avec cette note rêche d'Oxyde de Rose greffée sur un accord ambré, ce qui ne fait pas très net. Il est certain que la pub, proclamant que c'est un parfum « pour la peau », l'idée des créateurs - techniciens et autres - était de donner une inflexion très sensuelle, érotique même. Et une fois porté, le Montana dégage, un fort agréable sillage... Malgré tout cela, nous n'avons pas versé des larmes d'émotion et le parfum avec un P majuscule n'est pas encore signé Montana. Le prochain, peut-être ?

Rocher, Yves celui qui monte, qui représente un appréciable pourcentage du marché, même alcoolique, qui est présent dans tous les grands magasins avec des énormes stands, dont la vente par correspondance aussi est en constant développement dit-on. Voici le dernier-né au nom prestigieux de Venise - « où l'Orient rencontre l'Occident» comme dit la publicité. Pour commencer le flacon : en verre rouge, réalisé pour la première fois par des procédés nouveaux, etc... Seulement si je ne me trompe pas, ce flacon à la particularité de ne pas tenir debout ! Le parfum — eh bien il est fort honnête : un «Nième» Shalimar pour toutes celles qui ne « s'adonnent » pas à Guerlain (comme dirait Yves Saint-Laurent) ; un petit et agréable Shalimer « vert» bien fait, un peu obsession ! ! ! Rond et chaud et en grand progrès par rapport au décevant Diamella. Il s'en tire à nos yeux bien mieux que les « créations » de la Haute Couture ! La note — Opoponax — persiste en fin d'évaporation mais devient un peu trop «confiserie » vanillée.

Gemey que nous ne classons pas par ordre alphabétique car c'est un cas un peu particulier : c'est le premier parfum de cette Maison connue pour ses vernis à ongles et autres produits de beauté, il s'appelle curieusement Rose de Rouge ? Que dire ? Une rose est rose. Celle-ci est bien faite, un peu épicée, un peu verte, elle tient. Sympathique. Souhaitons-lui de vivre plus que l'espace d'un matin. Pour tous ceux et celles qui aiment la rose, reine des fleurs...

Et voilà pour les six «créations» Féminines.

Nous n'avons examiné ni le Fétiche de Piver, ni Provocation de Aignier et nous le regrettons, car les noms seuls, sont tout un programme! Ni d'ailleurs, Intrigue de Carven.

Dans l'ensemble, les 5 nouveautés Masculines, nous ont paru bien supérieures aux nouveautés Féminines en ce qui concerne la qualité et l'originalité des conceptions. Les voici, par ordre alphabétique des Maisons comme d'habitude :

Cardin reprend un nom ancien - Bleu Marine - change le verre blanc de son flacon aux formes phalliques en verre teinté bleu et le remplit d'une eau de toilette entièrement différente de la première version. Départ aromatique, frais et tonique à tendance "note verte", sur fond discret tabac-cuir-bois. Le tout de bon goût, sans agressivité excessive, ni discordance dans les notes. Très bonne tenue à l'évaporation : reste longtemps aromatique et parfumante, cette eau de toilette après 24 heures, reste plaisante: boisée, musquée même, un peu dure toutefois. D'habitude nous n'avons jamais été tendre pour les créations de Cardin: cette fois-ci, rendons à César ...

Davidoff - présente son deuxième « parfum", dénommé modestement Zlno ... Départ assez plat mais qui se développe gentiment en une note boisée-fleurie-ambrée, un peu du style Opoponax et fait vraiment penser à l'odeur d'une boîte de cigares, ce qui est un rare exemple de concordance entre l'odeur et l'image de marque et le nom du produit. Le tout est assez rétro, discret et en séchant, les notes tabac-boisées sans dissonances avec une présence de Patchouly, sont faites pour ne pas troubler l'atmosphère feutrée, imprégnée d'arôme de Havanes coûteux, d'un très select Club pour gentlemen britanniques d'un certain âge ...

Ferre, Gian Franco propose son Uomo et complète ainsi la gamme des toilettes pour hommes transalpines : les Trussardi et autres Versace. Au débouché - au départ - c'est léger, léger, senti tant de fois ! Dans le genre "Eau de Mousquetaire", comme nous avons depuis longtemps baptisé ce genre de composition. Mais en s'évaporant, la note devient plus puissante, mais assez "râpeuse" (comme dirait J.-C.Ellena) où l'on retrouve tous les poncifs utilisés pour les fonds des toilettes masculines ces dernières années.

Hermès - Belle présentation, belle publicité (ravissant dessin de Klimp) pour ce Bel Ami qui devrait donner envie de relire (ou lire) Maupassant... La note s'impose d'un seul bloc : un cuir d'une puissance extrême, dur et monolithique comme une base, bien plus qu'une composition terminée. Très «rétro» bien entendu, sur les traces du Knize Ten (parfum préféré du vieux Aga Khan), mais sans le sillage de belles absolues qui soutenaient et anoblissaient la note cuir. Il y a certainement de très bons éléments dans ce cuir mais on aurait tant aimé qu'il possède davantage de distinction et de finesse. En séchant, la note se «civilise » et le fond après 24 heures d'évaporation, est étonnamment discret (ambré) tout en restant fruste. Il risque de faire quelques ravages dans les cœurs, ce Bel Ami qui ressemble d'avantage à un personnage de romain moderne, qu'au héros de Maupassant.

Klein, Calvin - et l'Obsession pour Homme ... tout un programme! Surtout la photo publicitaire teintée, disons, d'un certain érotisme qui pourrait faire venir l'eau à la bouche ... On s'attend à une note aphrodisiaque, puissante, qui vous submerge, qui fait surgir des fantasmes les plus délirants et que trouve-t-on, en trempant, les doigts tremblants d'émotion, une mouillette dans le flacon (dont la forme est déjà sortie de la mémoire) ? Une toilette, sans vrai caractère, une note vert-chimique sur un fond ambré-doux. Exemple type de la distorsion entre le nom, l'image qu'il évoque et la composition qui doit le porter ! Des fantasmes et une obsession qui se dissipent comme un brouillard... et après 24 heures d'évaporation, presque plus de traces. Fini le rêve. Comme il se doit, la responsabilité des opinions exprimées est entièrement mienne.

10 ANS APRÈS

Après avoir écrit ce qui précède, j'ai pensé qu'il serait intéressant de revenir un peu en arrière pour faire une sorte de «bilan» des observations portées depuis 1977 dans 10 numéros du Bulletin de Liaison sur les Nouveautés parues depuis et dresser une rapide statistique avant que le vent emporte tout dans l'oubli ... Que reste-t-il des noms qui suivent ?

Bulletin n° 1 - Nouveautés 1976.

17 noms cités. 7 survivent, ce qui n'est pas si mal. Mais que reste-t-il des noms qui suivent : Eau Noire de Claude François, Eau de Campagne de Sisley, Eau de Chypre de Coty, Dior-Dior, Lavande de Roger et Gallet, London de Dunhill, Cerissa de Charles Revson, Shocking You de Schiaparelli, Flamme de Bourjois, R de Rouvre de Michel Boyer.

Bulletin n° 2 - Nouveautés 1977.

24 noms cités. 18 survivent, pas mal non plus. Mais que sont devenus les noms qui suivent : Antenne 2 de Franck, Arômes et Moi de Lancôme, Badinage de B. Gould, Blasé de Max Factor, Chunga de Weil, Cabriole de E. Arden, Expression de Fath, Just Call me Maxi de Max Factor, Kiry de Marber, Ungaro de Ungaro, Ariane de Avon, FH 77 de Courrèges, Eau Fraîche de Coty.

Bulletin n° 3 - Nouveautés 1978.

11 noms cités. 4 sont encore bien présents sur le marché. Mais où sont passés les autres : Derrick d'Orlane, Roland Garros pour Homme, Sven de Vardley,; Monsieur de Carven, Monsieur F de Ferragamo, Macho de Fabergé, Bill Blass.

Bulletin n° 4 - Nouveautés 1979.

18 noms cités. 10 doivent être encore là, c'est normal plus on se rapproche de 1987, plus on compte de «survivants», l'usure du temps n'a pas encore joué à plein. Et que reste-t-il des noms qui suivent : Grand de Folie de N. Verfaille, Madame de Carven, Partage de Fabergé, Symbiose de Standhal, Rumeur (nouvelle version) de Lanvin, Léonard pour Homme, Punjab de Capucci.

Bulletin n° 5 - Nouveautés 1980.

17 noms cités. 13 noms bien présents encore. Mais que sont devenus les noms qui suivent : Cologne Grès, King-Kong de Kenzo, Shaine de L. Delteil, Portos de Balenciaga.

Bulletin n° 6 - Nouveautés 1981.

14 noms cités. Il est difficile de dire si certains des noms cités sont déjà tombés dans l'oubli. On n'entend plus beaucoup parler de Toilette pour Homme de Burberry, de Santos de Cartier, Rouge pour Homme de Lubin, Première de Castelbajac, Gauloise de Molineux mais on ne pourrait pas dire que ces noms ont disparu.

Bulletin n° 7 - Nouveautés 1982.

12 noms cités. Peut-être sont en voie de disparition du marché : Prélude de Marbert, Alix de Grès, Monsieur de Grès, Eau pour Homme de Marcel Bur, pour être jugés par le temps, se juge d'avantage au bénéfice du doute, nous leur laissons une place parmi les noms encore bien présents.

Nous arrêtons là notre statistique des « survivants » et des « disparus » car les Nouveautés de 1983 à 1985 sont trop proches encore pour avoir pu être Jugées par le temps, ce juge impitoyable et impartial. Nous avons tout au long de nos chroniques souhaité à la plupart des parutions nouvelles, succès et longue vie.

Laissons à une nouvelle classification que la S.T.P.F. serait amenée à établir d'ici plusieurs années, le soin de dresser un bilan plus définitif et certainement, plus objectif.

Yuri GUTSATZ

Facsimilé de la publication : Attached File  Nouveautes_1986_no11.pdf ( 77.75K ) Number of downloads: 450


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Le Jardin Retrouvé
3 cour Jasmin
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