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Bulletin de liaison N°10, 1986
Le Jardin Retrou...
post 24-Jan-2010, 03:11 PM
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Société Technique des Parfumeurs de France, 3 rue Joseph Sansboeuf 75008 Paris. Tél. : 42.93.16.85

BULLETIN DE LIAISON N°10 – 1986


EDITORIAL

Voici le 10ème Bulletin de liaison. Une fois encore, que son rédacteur Yuri Gutsatz et ses collaborateurs soient remerciés pour le plaisir renouvelé que nous procure sa lecture.

"Éditorial du Président", c'est l'introduction qui sera lue avec ce discret ennui que secrètent les textes d'ouverture de rideaux, où, du discours stoïcien aux recommandations pastorales s'échelonnent les ornières dans lesquelles finissent par verser éditoriaux et éditorialistes. A relire les "Lettres du Président", je n'y ai pas échappé souvent. Fallait-il vraiment que je récidive ici ? Le rédacteur en chef a été catégorique. C'était oui.

Le Bulletin a ses mérites mais il en est un que je voudrais saluer plus : celui d'être le seul "média" où la critique existe.

Dans le lot des idées reçues, critiques impliquent souvent intention d'éreinter, de calomnier.

Quel contresens ! Le droit de critique est un devoir et, son absence, un bien mauvais signe des états de la liberté. Que-tous-les parfums-sont beaux est un dogme esthétiquement improbable.

La Parfumerie serait-elle totalitaire ? En un sens oui. Tout se passerait comme dans le monde du Pangloss de Voltaire ; tout sent bien dans le meilleur des mondes et qu'on ne s'avise pas de penser autrement car si aujourd'hui les cieux ne tombent plus sur les têtes, se sont les budgets de pub qui changent de mains.

La Parfumerie a une dimension onirique ; parfum - véhicule du merveilleux – nul ne le contesterait mais, en l'absence de tout jugement, les cauchemars olfactifs caracolent en toute impunité.

Un parfumeur me confiait, vaguement inquiet : - "Sommes-nous condamnés à sentir idiot ?". - A cette interrogation, certains répondent que la critique en parfumerie est inutile, qu'après tout le public est bien le seul juge responsable et adulte et, en fin de compte, parfaitement apte à séparer le bon parfum de l'ivraie.

Quel attirant truisme ! Mais n'est-ce pas là la démarche propre aux sophistes, ces apôtres et orfèvres du lieu commun qui sévissaient dans l'Agora athénienne ?

La valeur absolue a été fixée, elle le restera aussi longtemps que la cité décidera qu'elle le soit. Étouffant.

Je crois donc aux vertus incisives et décapantes d'une critique en Parfumerie. Il est bien quelques flacons bouffis d'orgueil, portés par la dithyrambe de service, qui vaudraient à eux seuls une saine volée de tartes à la crème ; mais, bien plus encore, je vois en elle le révélateur des créations et beautés véritables qui, en son absence, restent enfouies dans les rangs serrés et gris des nains de l'analogie.

La critique serait l'honneur de la Parfumerie.

Le Président

INTRODUCTION

1985 - Notre DIXIÈME numéro du BULLETIN DE LIAISON déjà ... que le temps passe vite !

Nous savons que nous avons réussi - plus ou moins - de nous constituer un cercle de lecteurs fidèles et nous en sommes fiers. C'est votre confiance et l'intérêt que vous manifestez à notre bulletin qui nous ont donné le courage de poursuivre la tâche, et notre seul regret est de ne pas avoir pu publier deux numéros par an afin que les liens entre tous les membres de la S.T.P.F. dont la majeure partie n'assiste pas à nos manifestations mensuelles, puissent devenir encore plus étroits.

Dans ce 10ème numéro nous saluons le nouveau Président de la S .T.P .F. Jean-François BLAYN qui, de son côté, par ses lettres mensuelles, crée cette LIAISON avec vous tous, que notre unique publication par an ne peut prétendre de réaliser.

Dans ce 10ème numéro nous avons aussi la chance d'accueillir de nouvelles participations "littéraires" que nous sommes heureux de vous présenter, car elles enrichissent le contenu du BULLETIN qui parfois "tournait en rond" faute d'apports extérieurs. Vous lirez plus loin les papiers de Jacques ARTOZOUL, de Catherine POENSIN-STEFANI et même deux remarquables sonnets dus à la plume de notre Président d'Honneur, Roger SCHWOB !

Par contre la rubrique VIE DE LA S.T.P.F. est réduite à sa plus simple expression : c'est la rubrique la plus fastidieuse de tout le BULLETIN et sans grand intérêt, car elle ne fait que résumer en peu de mots les thèmes de nos manifestations mensuelles auxquelles les rédacteurs de ce BULLETIN ne sont pas toujours en mesure d'assister.

Notre rubrique A TRAVERS LA PRESSE n'est pas très fournie non plus : en 1985 nous n'avons pas eu l'occasion de lire les 50/60 articles parus dans la presse et qui concourraient pour l e PRIX JASMIN comme c'était le cas en 1983 et 1984.

Ainsi notre chasse aux "perles" pour le "Grand Bêtisier" est réduite à ce que nous avons trouvé dans quelques coupures aimablement fournies par des lecteurs attentifs, mais comme nous avons eu l'occasion de le dire, depuis la création du Prix JASMIN, il n'y a pas grand-chose à glaner dans la presse : de parler des "pâquerettes de l'Himalaya" ...

Enfin, avec ce 10ème BULLETIN DE LIAISON, son rédacteur-en-chef prend congé de vous : avec regret, avec une certaine nostalgie même, car ce congé signifie encore une page de vie de tournée. Mais il laisse entre des mains solides la responsabilité de poursuivre son travail commencé en 1977 et il ne lui reste que de remercier chaleureusement tous ses lecteurs, tous ceux qui depuis le premier numéro lui ont témoigné leur confiance.

Peut-être, le journalisme étant son "violon d'Ingres", se laissera-t-il convaincre dans l'avenir de participer au BULLETIN par un article, une critique, une chronique, mais c'est aux plus jeunes de reprendre le flambeau.

En souhaitant beaucoup de succès à tous les BULLETINS DE LIAISON à venir.

Yuri GUTSATZ

LA VIE DE LA SOCIÉTÉ TECHNIQUE DES PARFUMEURS DE FRANCE

L'année, 1985 en ce qui concerne les manifestations mensuelles de notre Société, a été une bonne et fertile année; Une " grande première " le 17 Janvier : préparée avec soins, la première rencontre entre les journalistes de la Presse dite féminine et les parfumeurs-créateurs. Cette "Table Ronde" animée par Jacqueline COUTURIER et Yuri GUTSATZ a réuni du côté de l a presse Mesdames Lorraine BOLLORE (Vogue), Lauréate du Prix JASMIN 1983, Dominique LARUE-KERGROHEN (Votre Beauté) Lauréate du Prix JASMIN 1984, Jacqueline LE NEDIC (20 ANS) Ancienne rédactrice technique de PARFUMS COSMETIQUES AROMES et Evelyne VERMOREL (Figaro Madame).

Du côté des Parfumeurs : Raymond CHAILLAN (Dragoco), Edouard FLECHIER (R.B.D.),
Robert GONNON (Firmenich), Maurice MAURIN (Robertet) et François ROBERT (Quintessence).

Un compte-rendu détaillé a été publié par SUFFRAGES. Nous ajouterons que, malgré une certaine difficulté à trouver un terrain d'entente, la réunion fut très profitable pour les deux parties. Chacune a appris à mieux connaître les problèmes auxquels doit faire face l'autre. Nos invitées les journalistes sont parties fort satisfaites dans l'ensemble.

Les parfumeurs, quant à eux, ont eu l'occasion de se défouler et on a promis de "remettre çà". Quand ?

Le 21 Février, sur le thème INFORMATION ET CREATION avec Marylène DELBOURG-DELPHIS, M. WESSEL responsable de micro-informatique à l'IRCAM, et de notre côté Messieurs BLAYN, CHAILLAN et JAUBERT. On a beaucoup parlé d'ordinateurs, surtout en création MUSICALE (M.WESSEL). Tout le monde est tombé d'accord : l'avenir, même en parfumerie, est dans l'informatique. L'audience a appris beaucoup de choses car le niveau des communications était très élevé.

Le 21 Mars, à l'Auditorium de GIVAUDAN (que les fauteuils sont confortables, comparés aux petites chaises dures de la Maison des Centraux !) Messieurs Jean HADORN et Jean GARNER0 ont parlé des GRANDS CHIMISTES DE LA PARFUMERIE avec tout le brio et toute la connaissance du sujet qui caractérisent les deux orateurs. Thème à la mode depuis que nous avons établi notre CLASSIFICATION DES PARFUMS où une grande place était réservée aux chimistes-chercheurs dont les découvertes ont fait, et continuent de faire progresser la création en parfumerie.

Le 18 Avril, 3ème PRESENTATION DE PRODUITS NOUVEAUX avec la participation d’AGIPAL, CHAUVET, I.F.F, ROBERTET et Monsieur ARTOZOUL. Réservée aux techniciens en priorité, cette réunion d'une demi-journée, fut, nous le croyons, très bien accueillie par les nombreux participants. Comme au cours des deux premières séances, de nombreux produits nouveaux, naturels et de synthèse, ont été montrés, ce qui est en sorte, la suite logique de la conférence du mois de Mars sur les Chimistes-Chercheurs de la parfumerie.

Le 20 Juin, aux Laboratoires PFIZER à ORSAY deux thèmes : PFIZER et l'extraction au CO 2 par Peter J.REGAN, Vice-Président Opération Pfizer Chemical Division, et HUILES ESSENTIELLES "Bienfaisantes ou Redoutables" par Mademoiselle Geneviève CLAIR, Maître-Assistant à la Faculté de Pharmacie de PARIS. Malheureusement, personne de l a Rédaction du BULLETIN n'a pu assister à cette séance qui fut, nous dit-on, très intéressante et de très haut niveau.

Même situation fâcheuse pour notre compte-rendu de la réunion du 19 Septembre : première manifestation présidée par notre nouveau Président Jean-François BLAYN à laquelle la Rédaction n'a pu assister. Le thème spirituellement indiqué sur l e carton d'invitation était : "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le CITRON ITALIE sans jamais oser le demander". Conférence par le Professeur G. DUGO à la Faculté de MESSINE et par M. Sandro RAYMO, D.G des Ets Simone GATTO, le tout suivi par un cocktail. Beaucoup de monde a certainement très apprécié la conférence.

Le 17 Octobre, réunion "familiale" animée par le Président J-F BLAYN, sur le thème : LA PARFUMERIE DE PERE EN FILS ou "N'hésite pas à truquer la solution, j'ai déjà faussé le problème". Les parfumeurs sur la sellette : notre Vice-Président, Guy ROBERT et son fils FRANÇOIS. Très amusant, bien rondement mené par l'interviewer, cette discussion presque "à battons rompus'' nous a bien divertis l'esprit caustique et l'humour à froid de Guy ROBERT étant bien connus.

Le 21 Novembre, c'était L'IMAGE ET L'ODEUR ou L'APPROCHE CREATIVE D'UN DESIGNER par Jacques LLORENTE. Des formes de toutes sortes dans lesquelles vont s'inscrire les flacons et bien entendu, presque pas de contacts avec les parfumeurs dont les "créations" seront "logées" dans les beaux flacons sortis de l'imagination du designer .... Des chiffres aussi sur le coût de l'opération, le temps passé, bref sur toute la masse du travail que représente cette activité qui est devenue pour la parfumerie de nos jours, sinon LE principal atout de la future réussite commerciale d'un lancement d'un parfum, du moins un des principaux paramètres du succès. Fort instructive conférence.

Le 18 Décembre, pour clore l'année 1985 dans une salle du PALAIS DE CHAILLOT, Monsieur Pierre LEMONNIER nous a parlé avec volupté et passion de son métier de publiciste : "QUAND LA PUBLICITE EST AUSSI UN ROMAN", l'entretien étant animé par J-F BLAYN et P. BLAIZOT. Ceux qui ont lu le livre de M. LEMONNIER doivent connaître ses théories sur l'importance prédominante de la publicité sur le succès commercial ou l'insuccès, le cas échéant, d'un produit lancé sur le marché. Il n'était pas beaucoup question des PARFUMS ce soir là, mais quand ils étaient évoqués, il ressortait des théories du conférencier, que c'est la PUBLICITE SEULE qui est à l a base du succès quand elle est bien faite. Quand au parfum lui-même ... tout à fait secondaire. "Élémentaire, mon cher Watson !".

Nous mentionnerons brièvement "LE GRAND EVENEMENT" de l'année 1985 :

Les DEUXIEMES RENCONTRES INTERNATIONALES DE LA PARFUMERIE organisées avec éclat par le COMITE FRANCAIS DU PARFUM dans la grande salle de conférences du PALAIS DES CONGRES les 15 et 16 Octobre. Tout l e monde était là, 600 ou 700 personnes, deux fois plus que lors des Premières Rencontres en 1983- La FRANCE, les ETATS-UNIS, le JAPON, l 'ALLEMAGNE FEDERALE ont dépêchés leurs plus brillants représentants de notre industrie. Des Tables Rondes animées parles présentateurs de la Télévision : Bernard RAPP et Jean-Pierre ELKABACH, le faste de l'audiovisuel extraordinaire, des déjeuners dont le dernier en présence de Madame le Ministre du Commerce Extérieur Édith CRESSON, des discours et pour couronner le tout, un diner de gala à la CONCIERGERIE présidé par Monsieur le Maire de Paris et Madame Jacques CHIRAC.

La presse spécialisée en a parlé en long et en large. Nous ne ferons aucun commentaire sur les thèmes évoqués lors de ces Rencontres. Disons simplement, qu'à notre avis, l'intervention la plus spirituelle, la plus intéressante faite lors de la dernière Table Ronde, était celle de ....
Jean-Claude BRIALY .... qui a su parler de ses souvenirs "olfactifs" d'acteur, des parfums avec émotion, finesse et humour. Mais ne dénigrons pas l'importance de telles rencontres internationales : elles montrent la vitalité de l'industrie, son perpétuel dynamisme et son indéniable importance sur le plan économique. Souvenons-nous des milliards de Francs apportés par la parfumerie française tous les ans dans l a balance de notre commerce extérieur !

Dernière minute : Avant de mettre sous presse nous apprenons que l e Jury du Prix S.T.P.F. 1985, qui s'est réuni le 17 Avril 1986 sous l a Présidence de Monsieur JOUARY, Président du COMITE FRANCAIS DU PARFUM, a décidé après une longue délibération de ne pas attribuer de Prix pour 1985.

LES ECRINS DU PARFUM

Si les parfums qui embaumaient la vie de nos ancêtres se sont évaporés, il nous reste en témoignage de leurs fragrances, des objets aux matières les plus raffinées, parfois les plus précieuses.

L'exposition "Autour du Parfum" du Louvre des Antiquaires nous a offert un large éventail couvrant la période du XVIème au XIXème siècle, de ces objets de parfumerie, véritables œuvres d'Art : flacons, fioles, boîtes à senteurs, brûle-parfums, pots-pourris, fontaines à parfums. Les matériaux utilisés et les formes sont étroitement liés a l'évolution des usages, de l a mode et surtout des techniques.

Les premiers récipients connus datent de l'antiquité et sont en pierre ou en terre cuite. Ils servaient à la conservation d'aromates ou autres substances odoriférantes. Le parfum avait alors une fonction sacrée, magique, mythique et aussi thérapeutique, puis son emploi s'est progressivement étendu à la vie quotidienne des hommes et des femmes.

Du XIVème au XVIIème siècle on portait sur soi, pour se protéger des épidémies, une petite boîte à senteur appelée pommander, petit flacon-bijou en or ou en argent que l'on garnissait d'ambre, d'épices ou de musc.

Un bel exemple de pommander, celui appartenant à la collection DROM, gravé et s'ouvrant en six quartiers comme une orange sur lesquels on peut lire: "Für Zibet Ambra, Bissen, Zitroni BA, Rosmarin BA, Anngelia BA."

Les premiers flacons de verre soufflé apparaissent en Europe au XVIème siècle à Venise puis à Murano et sont destinés à contenir les premiers parfums à base d'alcool. Au XVIIIème siècle, les techniques de fabrication du verre s'améliorent, désormais celui-ci peut-être poli, taillé, teinté dans la masse et décoré de peintures, de dorures ou de pierres précieuses. A peu près à la même époque, les faïences se développent et on assiste à l'apparition d'un matériau nouveau, la porcelaine blanche ou polychrome. Le métal émaillé copie la porcelaine.

Ces nouvelles découvertes vont renouveler encore les formes et l'aspect des contenants : or et pierres précieuses s'allient aux nouveaux matériaux. L'Angleterre découvre le cristal et la porcelaine de "Chelsea" apparait, ce qui donne naissance à des flacons de porcelaine représentant des personnages, des oiseaux, des scènes champêtres à deux personnages, ou bien des bouquets (ex : flacon-bouquet de fleurs, le bouchon au centre du bouquet est en or : porcelaine de Chelsea. XVIIIème. Collection Givaudan). En Allemagne, l e chimiste Botteger met au point l a porcelaine de Saxe. Pour présenter fioles, flacons, les artisans créent parallèlement des coffrets, des boîtes, des écrins en bois peint, en métal émaillé, en jaspe, ou en cuir, comme cet étui en forme de petit livre relié en maroquin bordeaux doré aux fers et contenant deux petits flacons de parfum et un entonnoir (Époque Louis XVI. Musée de la Parfumerie).

C'est aussi le siècle de la miniaturisation, témoins de minuscules boîtes en or ou en vermeil appelées "vinaigrettes" qui contenaient des "éponges à odeur", témoins aussi les bergamotes, petites boîtes peintes et vernies créées à Grasse et en Italie dans lesquelles on placait flacons ou reliquaires. A Grasse, les bergamotes étaient fabriquées avec l'écorce parfumée de la bergamote mellarose dont on retournait la peau, laquelle était séchée. L'écorce était ensuite habillée de carton léger, enduite de craie et de colle, poncée et peinte de décors de paysages, de fleurs, d'oiseaux. Le tout était verni.

Les maisons et palais ne sont pas oubliés et, ancêtre de nos parfums d'ambiance, les brûle-parfums de bronze, de pierre ou de laque, les fontaines à parfums en porcelaine, les pots-pourris, les aspergeoires, embaument les intérieurs.

Au début du XIXème siècle, la verrerie industrielle fait ses premiers pas avec les flacons moulés en opaline produits par les Cristalleries de France ou de Bohème (flacon en opaline verte et rose en forme de colchique - Cristallerie de St Louis). Puis Lalique invente de nouvelles lignes en verre et en cristal et Paul Poiret crée des vaporisateurs en verre de Murano. Aujourd'hui encore le flacon de parfum n'est pas négligé. Les designers s'ingénient à inventer des formes nouvelles associant au verre le métal ou le plastique. Peut-être certaines de leurs créations seront-elles un jour témoins de notre temps. Le flacon de célèbre N°5 de Chanel ne se trouve-t-il pas déjà au Musée d'Art Moderne de New-York.

Catherine POENSIN-STEPHANI

2ème CONGRES INTERNATIONAL DE LA PARFUMERIE

Le premier Congrès avait eu lieu il y a 2 ans en Floride. L'organisateur de ce deuxième congrès, Perfumer and Falvorist (Stanley Allured) souhaitait cette manifestation en Europe afin de rendre plus facile la participation des parfumeurs européens. Il s'est donc tenu du 11 au 14 Février 1986 a Portimao, ville de l'extrême sud portugais, à quelques Kilomètres du Cap Vincente, pointe la plus occidentale de notre continent.

Si le vol Paris-Lisbonne ne pose pas de problèmes, la liaison Lisbonne-Portimao est moins aisée. Les paysages traversés sont mi-Causses de Lozère, mi-Alpes de Hautes Provence, sans habitation ou presque et dont la principale activité semble être le ramassage du liège. Les vergers d'orangers, eux, n'apparaissent qu'aux proches abords de la Côte Sud. Trajet par route certes un peu long mais vite oublié avec la soirée permettant à la centaine de congressistes de faire connaissance.

12 Février

Lors de la première matinée dont le thème était :"la sélection du parfumage dans le développement du produit", les trois conférenciers américains (John HILLER de Lehn et Fink, Tim KONICEK de Johnson et Morton PADER de Lever Brothers) ont insisté sur l'importance des tests. Les produits sont des poudres à laver, des shampoings pour soi etc... dont les parfums sont sélectionnés par les services développement et non le marketing. Selon des Sociétés, le Développement Travail avec un seul ou plusieurs fournisseurs de parfums; Certains préfèrent ne pas avoir de parfumeurs internes, d'autres ont un centre de création presque monopolistique. Bref on trouve toutes les politiques de développement du parfumage mais une seule pour la sélection : LE TEST.

L'après-midi fut réservée aux mauvaises odeurs (Henri HOFFMAN). Le problème des mauvaises odeurs peut avoir deux solutions : la couverture et la neutralisation (countéraction). La première résulte du raisonnement simple : Pour couvrir une odeur A, on ajoute une odeur B telle que B > A. La deuxième solution résulte d'une théorie sur l'additivité des odeurs équivalente à l’additivité vectorielle. S'il existe des odeurs qui s'ajoutent entièrement il y en a qui s'amenuisent voir même s'annulent. Ainsi serait le cyclohexyl éthylacétate.

13 Février

Jimmy MAC IVER (Proctor et Gamble) dans sa conférence intitulée: " Comment organiser et faire une présentation de Parfumerie", insista sur le fait qu’un fournisseur devrait avoir une approche de plus en plus marketing pour proposer ses matières premières.

1) Connaitre les activités et les produits de son client
2) Ne pas présenter trop de matières premières
3) Les proposer avec des formules de démonstration qui montrent quelque chose, et cohérentes avec l'activité de la Société.

Tout ceci est évident mais on rencontre encore certains fournisseurs à l'attitude un peu passive, attendant que la matière première se vende toute seule.

La Parfumerie alcoolique au Japon par Motoki NAKAJIMA (KAO) : L'étude était très fouillée mais le marché des parfums alcooliques au Japon n'est qu'embryonnaire. C'est un marché qui devrait augmenter ( ! ) et la préférence va aux notes fraîches.

La communication des Parfumeurs par S.BRUD de Pollena Aroma. A chaque note de parfumerie fondamentale (une douzaine) on essaie d'affecter une matière première type afin de faciliter la compréhension entre parfumeurs. Ce travail résulte d'une enquête réalisée auprès de parfumeurs à qui on a demandé de donner la matière première la plus représentative de la note considérée, la matière première retenue sera la plus citée.

Arcadio Boix Camps (Sté Roussyl) a fait un exposé très complet sur les dernières matières premières synthétiques mises à la disposition des parfumeurs.

Peter Sgaramella de American Cyanamid nous a expliqué le cheminement du brief au choix d'une eau de toilette. Des panels jugent des jus sur peau et donnent des notes de 1 à 10 sur la préférence et la puissance, toutes les heures pendant 6 heures. Ces résultats reproduits sous forme de courbes déterminent l e "meilleur jus".

Des jus bien connus (GIORGIO, OSCAR, CHANEL 5) n'obtiennent pas de meilleures notes que d'autres. C'est tout le problème du test.

Niel HARDING de Johnson Wax nous a fait une critique constructive (avantage inconvénients) des différents niveaux d'évaluation. L'expert - le panel d'expert - le panel de gens entrainés, les panels internes, les tests consommateurs dirigés, les tests consommateurs placement (use test).

Peter AART de Henkel nous a expliqué comment se faisait la sélection de parfumage lorsqu'il y a une source interne et externe de soumissions. Un service évaluation regroupe et réoriente sur les marketings.

J'ai moi-même parlé de la sélection e t de l'évaluation des parfums pour les produits d'hygiène. Cet exposé découpait à la façon de David GARVIN, l'évaluation de la qualité d'un parfumage en 5 approches.
- L'approche transcendantale qui est l'évaluation de la qualité inhérente du parfumage ne pouvant être faite que par un expert.
- L'approche du technicien pour qui la qualité est une variable mesurable et qui jugera de la performance d'un parfumage (couverture, neutralité vis à vis de la base, stabilité au cours du temps etc. ...)
- L'approche de l’utilisateur qui sera réalisé par le marketing. Il vérifiera que la qualité perçue par le consommateur correspond bien au mix voulu par le marketing.
- L'approche de l'industriel qui souhaitera un fournisseur fiable dans ses délais d'approvisionnement et conforme dans les qualités de ses livraisons.
- L'approche de l'acheteur qui, à l'aide de ces évaluations, négociera le rapport qualité/prix : la "performance" à un prix acceptable et l a "conformance" à un coût acceptable.

Toutes ces conférences devraient paraître dans un prochain numéro de Perfumer and Flavorist.
Enfin un Parfumeur indien remporta le concours de "parfumerie" organisé pour les participants. Il s'agissait de réaliser un accord original avec toutes ou en partie des matières premières suivantes :
Acétate de benzyle; Acetate de 3 Cis Hexenyle
Essence de Tagete ; Vanilline ; Essence de petit-grain Paraguay;
Essence de Patchouly ; Acétate de D.M.B.C.
Acétate Cedryle; citronnelol e t salicylate d'amyle.

Gérard GRANDVAL

A l'occasion de l'exposition "Autour d'un Parfum" du XVI° au XIX° siècle, qui s'est tenue au Louvre des Antiquaires du 31 Mai au 31 Septembre 1985, le Musée FRAGONARD a bien voulu nous confier pour la publication quelques photos des pièces exposées appartenant a la collection Fragonard.

La rédaction remercie Madame PILLIVUYT, conservateur des Musées de Paris et Grasse pour sa contribution.

Musée Fragonard, 9 rue Scribe, 75009 PARIS.

NOUVEAUTES 1985

Avant de passer en revue les NOUVEAUTES de l'année proprement dite, jetons un regard sur le GUIDE DES LIGNES PARFUMEES édité comme tous les ans par SUFFRAGES (Octobre 1985).
Ce qui nous intéresse ce sont les NOTES DOMINANTES qui figurent après chaque nom des lignes FEMININES et MASCULINES.

Celles-ci sont tellement nombreuses, que nous nous sommes contentés de faire un petit relevé statistique des 80 premiers noms des lignes FEMININES - de Alain DELON à GUERLAIN, le courage nous ayant manqué d'aller plus loin. Parmi ces 80 premiers noms du GUIDE, figurent - à part GUERLAIN - des maisons aussi célèbres que BALENCIAGA, CARVEN, CHANEL, DIOR, ESTEE LAUDER pour n'en citer que quelques unes et ceci nous amène à conclure que les NOTES DOMINANTES de leurs créations représentent en quelque sorte, l'ossature des constructions olfactives vouées au SUCCES durable !

N'oublions pas que, parmi les 80 noms, on trouve des classiques comme le N°5 de CHANEL, Les JICKY, VOL DE NUIT, SHALIMAR, MITSOUKO de GUERLAIN, SOIR DE PARIS de BOUJOIS, MA GRIFFE de CARVEN, MISS DIOR, AIMANT et EMERAUDE de COTY, qui ont survécu brillamment à l'épreuve du temps et sont parmi les fleurons de la parfumerie mondiale depuis plus d'un demi-siècle pour plusieurs d'entre eux ...

Alors, quelles sont ces NOTES DOMINANTES autour desquelles les créateurs ont construit leurs chefs d'œuvres ?

Les lecteurs de ce BULLETIN se rappelleront peut-être de ce jeu que nous avons proposé il y a quelques années : une "formule-type" pour une Eau de Toilette MASCULINE calculée à base des notes dominantes" trouvées dans le SUFFRAGES de l’époque (Voir bulletin N° 4).

Eh bien, répétons l'expérience, mais sans proposer une "formule" comme en 1979.

JASMIN : cité dans 50 parfums. Rien de surprenant, car d'après le B.A.-BA du parfumeur, le JASMIN est un élément absolument indispensable pour la formulation d'un parfum.

ROSE de Mai ou de Bulgarie : citée dans 37 parfums. Ceci est également normal - pas de bon parfum sans la note ROSE.

SANTAL vient en 3ème position, bien loin derrière le Jasmin et la Rose avec 18 citations. Normal également, car l'accord d i t "BOISE" est inséparable du "SANTAL DES INDES ORIENTALES" ce qui fait très exotique.

YLANG-YLANG : avec 16 citations vient juste après le Santal. En effet, c'est une note noble et riche, très "exotique" et "oriental" aussi et le nom est très phonétique, à ne pas oublier.

AMBRE ou AMBREE avec 14 citations, tient bien entendu une bonne place : pas de parfum riche, oriental, exotique etc... sans note AMBREE, à défaut d’AMBRE GRIS qui n'est cité qu'une seule fois.

IRIS suit pour 13 parfums. Normal. Quoi de plus beau que la concrète Beurre d'Iris de Florence ... (Une vraie "pièce de musée" à admirer à cause de son prix, mais mentionner l'IRIS dans les notes dominantes c'est un peu "noblesse oblige !".

MOUSSE DE CHENE et MUGUET - ex aequo avec 1"nomination" pour les CESARS de la création en parfumerie. Bien entendu, le grand public pense que la belle odeur de la fleur du MUGUET existe en tant que matière première naturelle au même titre que le JASMIN ou la ROSE.

TUBEREUSE : 10 citations, mais 8 parfums sur les 10 qui disent en contenir, sont apparus sur le marché depuis moins de 5 ans. Nous reviendrons plus loin sur le phénomène TUBEREUSE.

VANILLE avec 9 citations tient une bonne place méritée et le créateur d'aujourd'hui devrait lui réserver un excellent accueil dans ses formules.

VETYVER, CITRON et BERGAMOTE avec chacun 8 "nominations", c'est à dire que 10% des parfums examinés en contiennent en tant que NOTES DOMINANTES ce qui est tout en honneur de ceux qui ont "signé" ces créations.

JACINTHE et GARDENIA sont cités 7 fois.

MANDARINE 6 fois.

CHEVREFEUILLE, PATCHOULI 5 fois. Nous aurions pensé que le PATCHOULI en tant que note dominante - ou mieux, essentielle, serait présent dans plus de 5 cas sur 80 ....

Quant aux 36 autres produits que nous avons trouvés dans cette énumération, ils ne sont présents que une, deux ou au mieux 3 fois sur 4 comme OEILLET, ENCENS, FLEUR D'ORANGER, GIROFLE, JONQUILLE, GERANIUM, CORIANDRE, BASILIC, PECHE (?) , MUSC, VIOLETTE etc...

En ce qui concerne les "accords" dominants ou essentiels, il s'agit de : FLEURI/FLORAL 9 fois; BOISE 11 fois; FRUITE 7 fois; EPICE 5 fois et enfin CHYPRE 6 fois ce qui donne aussi une précieuse indication pour les créations futures afin de leur conférer longévité et renommée ...

Et les PRODUITS de SYNTHESE, diriez-vous, toujours TABOU, toujours interdits de séjour, bannis de la fréquentation des familles nobles ? Eh oui, et seulement dans QUATRE cas sur QUATRE-VINGTS, nous avons trouvé le terme "ALDEHYDES" et pas du tout là où l'on pourrait supposer les trouver . . .

Voilà vous savez ce qui vous reste à faire : vous mélangez une forte dose de JASMIN avec une dose légèrement moins importante de ROSE; Vous introduisez une bonne proportion de SANTAL, d'YLANG, d'IRIS, sans oublier assez de TUBEREUSE pour dominer le tout; Vous fleurissez avec de la JACINTHE, du MUGUET, du GARDENIA et du CHEVREFEUILLE; pour le "départ" du CITRON et de la BERGAMOTE; pour le fond un accord BOISE autour du PATCHOULI
et du VETYVER, une note de CHYPRE avec de la MOUSSE DE CHENE et de l'AMBRE enfin quelques gouttes de NEROLI, d'ENCENS, de CORIANDRE, du GIROFLE et d’ALDEHYDES et une touche de VANILLE.

C'est d'une originalité folle ! N'est-ce-pas ?

80 parfums parmi les plus connus sont faits sur ce modèle (et certainement les 150 autres que nous n'avons pas examinés, sont pareils). C'est tout ce que les attachés de Presse des Maisons qui fournissent ces renseignements, ont appris !

Et cela dure depuis des années et des années.

Imaginons le dialogue entre une cliente et une vendeuse d'un détaillant en Parfumerie :

- La Cliente : Dites-moi, quelle est la différence entre ces deux nouveaux parfums, le X et le Y ?
- La Vendeuse : Madame, ils sont totalement différents, leur composition a chacun, est tout à fait originale.
- La Cliente : Pourriez-vous me donner quelques précisions pour me guider dans mon choix ?
- La Vendeuse : Mais bien sûr, Madame. Le parfum X est un accord du JASMIN, de la ROSE, de la TUBEREUSE, avec de l YLANG, du SANTAL et de l'IRIS. Vous voyez ? Tandis que le parfum Y est un accord original entre l’YLANG, l'IRIS, LA ROSE, le JASMIN et la TUBEREUSE. Le premier est un CHYPRE BOISE AMBRE et le second est un AMBRE-CHYPRE-BOISE ...

Nous avons trouvé aussi du PALISSANDRE, du TECK et du SYCOMORE comme dans un magasin de beaux meubles ... Enfin, le public-consommateur n'a que ce qu'il mérite, certainement.

Ceci dit, voyons ce que l'an de grâce 1985 apporte comme création nouvelles aussi bien FEMINIMES que MASCULINES.

La fuite en avant continue et le choix des nouveautés est ample. Sinon pour toutes les bourses, du moins pour tous les goûts !

Toutefois, nous avons préféré limiter notre choix et mentionnons que les GRANDES MARQUES et leurs nouveautés pour 1985. Nous pensons qu'il vaut mieux passer sous silence les autres lancements que nous qualifierions de "SERIE B" comme pour les films et qui ne méritent pas que l'on s'y attarde !

Voici, comme d'habitude, par ordre alphabétique des maisons, ce que nous avons retenu parmi les LIGNES FEMININES 1985 :

CARDIN - MAXIM'S : Dans son coffret rouge-noir-or très "Arts Déco", le contenu du flacon n'a pas grand chose à voir avec le nom prestigieux de ce restaurant parisien entré dans La légende depuis bientôt un siècle. C'est gentiment FLEURI-VERT, bonne tenue à l'évaporation, la note fleurie verte restant fidèle à son départ. Où e s t "La Dame de chez Maxim's" ? Les touristes qui réservent 6 mois à l'avance une table CHEZ MAXIM'S pour pouvoir en parler dans leur OKLAHOMA ou OSAKA comme un évènement "parisien", sont-ils "ciblés" par ce lancement ?

DIOR – POISON
: Un nouveau parfum de chez DIOR est un évènement, tout comme un parfum nouveau chez GUERLAIN, CHANEL ou bien LANVIN. Il y a très longtemps que cette firme célèbre n'a pas renouvelé ses lignes dont plusieurs sont devenues des "classiques", des archétypes, des best-sellers mondiaux. Le nom d'abord : POISON. N'y a-t-il un désir délibéré de choquer, de provoquer (un peu comme dans le cas de JULES ?) comme le fit SAINT-LAURENT avec OPIUM ? C'est de bonne guerre et très certainement plus percutant et efficace que des "Mystères", "Lumières", "Shéhérazade" et autres "Nuits"... Et le "jus" tant attendu et dont la promotion coûterait, d'après les on-dit, plusieurs Millions de ... Dollars ! Avant toutes choses, nous croyons qu'il est indispensable que cette revue des Nouveautés 1985, doit être précédée comme toute "œuvre littéraire" qui se respecte, d'une citation connue, extraite d'un écrit d'un auteur célèbre - et nous avons choisi pour mettre en exergue à ces lignes, un vers de Paul Eluard que nous nous permettons de modifier pour les besoins de la cause :

. . . TUBEREUSE, j'écris ton nom . . .

Bien entendu, il y a TUBEREUSE dans POISON de DIOR ! A l'heure actuelle, un parfum SANS Tubéreuse n'a pratiquement pas le droit d'exister. Oui, TUBEFEUSE, j'écris ton nom partout : et sur un accord fleuri/floral, et sur une note Origan, et sur un Chypre (ou pseudo-chypre), et surtout ce qui est "oriental", exotique, ambré, boisé, j'écris ton nom ... La Tubéreuse de POISON est riche, puissante, naturelle (La Route des Indes) et greffée sur un thème typiquement ORIGAN avec des réminiscences HEURE BLEUE en passant par OSCAR DE LA RENTA. En somme, pas très difficile à trouver pour POISON une bonne place dans la Classification des Parfums. On dit aussi que le "concentré" de POISON est nettement plus coûteux que la moyenne admise ces temps-ci. Rien de surprenant car l'ensemble est riche, ample, et même en fin d'évaporation, la note florale-épicée garde sa plénitude. Devons-nous - oui ou non - comparer ce POISON à ses précurseurs chez DIOR ? D'une part la comparaison s'impose car pour l'image de marque, toutes les créations d'une Maison sont un ensemble qui détermine cette image, mais d'autre part 1985 et la fin des années 80 ne sont pas tout à fait comparables ni à 1947 : naissance de Miss DIOR, ni à 1956 : lancement de DIORISSIMO, ni à 1966 apparition de l'EAU SAUVAGE, ni enfin à 1972 : année de DIOFELLA . . . Et puisque nous avons toujours soutenu que l'on ne peut pas dissocier la Parfumerie du contexte socio-économique de l'époque, nous devrions nous abstenir de faire une comparaison entre POISON et ses aînés.

Toutefois, par amour de la vérité, nous dirons, comme entre parenthèses, que POISON ne possède pas l'originalité et la sensualité de MISS DIOR, best seller mondial, ni la légèreté florale et printanière de DIORISSIMO, ni l a perfection technique et l'idée créative et artistique de DIORELLA, ni enfin l'impact révolutionnaire sur la Parfumerie, qu'était L'EAU SAUVAGE, archétype parmi les archétypes d'une construction superbement novatrice .... Nous souhaitons à POISON la carrière de MISS DIOR qui a 38 ans d'âge et au calendrier de la parfumerie est devenue une dame mûre, mais qui conserve tout son charme, tout son pouvoir de séduction comme aux jours de sa première jeunesse ...

Où seront toutes ces TUBEREUSES dans 38 ans ?

GIORGI0 (Beverly Hills) "Le Parfum du Siècle"
. Il paraît que les GALERIES LAFAYETTE sont l e seul point de vente en France où l'on trouve ce phénomène dont un flacon de 30 ml d'Extrait est à votre disposition pour la bagatelle de 1 150 Francs. Si vous trouvez que cela dépasse vos moyens, vous pourrez vous contenter d'une bougie parfumée au parfum extraordinaire vendue pour une bouchée de pain : seulement 550 FF. Est-ce un pari sur un snobisme mal placé ? Ce qui est hors de prix est forcément hors du commun - ce qu'il y a de mieux. Nous avons senti, en version EAU DE TOILETTE, car ce n'est pas le budget de l a S.T.P.F. qui nous aurait permis d'investir 1 150 FF dans un flacon d'Extrait, et ressenti en suivant l'évaporation pendant 24 Heures et nous étions prêts de trouver un chef d'œuvre. Hélas, ce que nous avons trouvé, c'est bien entendu une TUBEREUSE mais qui est à celle de POISON ce que la 2 CV Citroën est à la ROLLS-ROYCE. Note fruitée (framboise artificielle), sans profondeur, vulgaire, mais tenace; et forte à la limite de l'écœurement. (Les privilégiés qui ont pu sentir l'Extrait, disent qu'il est encore plus agressif et puissant). Franchement, l'engouement pour GIORGIO nous parait totalement incompréhensible. Il est vrai que les voies du succès en parfumerie sont insondables ... e t aux Etats-Unis tout devient possible, la publicité aidant. Il est vrai que ce GIORGIO va parfaitement de pair avec les films américains récents du style "ROCKY IV'' et similaires. Déchainement de violence, guerre des étoiles et tout le reste. Que des spécialistes français semblent s'extasier, nous parait aberrant (Où est-ce sur le succès commercial que l'on s'extasie ?) C'est l a meilleure illustration de la fin d'une époque en parfumerie, époque qui fut par moments, glorieuse. Vivons avec notre temps et acceptons ce "parfum du siècle" ... qui peut-être ne mérite pas autre chose. Une demi-page pour GIORGIO c'est suffisant et dans l'ordre alphabétique nous trouvons une création plus reposante,

GUCC1 N°3
et sa note puissante, "linéaire" fidèle à elle-même jusqu'à la fin de l'évaporation, "rétro" juste ce qu'il faut pour être à l a mode... une note qui s'impose sans grande originalité mais fort bien construite et avec une certaine sensualité florale-boisée. Est meilleure une fois "portée" que sur la mouillette. Féminine bien sus, fera certainement bonne figure parmi les lancements 1985. Du bon travail. E t qui ne prétend pas bouleverser le monde. On aimerait sentir d'avantage des parfums de ce style. Pour gens qui ont du goût.

JACOMO - Parfum " RARE ". Pourquoi pas, du moment que le nom contribue au succès commercial ? Bien rond et agréable, mais un peu lourd au départ. C'est un CHYPRE vert/frais. Dommage qu'au bout de quelques minutes la note GALBANUM devient trop prédominante. (Certainement, comme c'est souvent le cas maintenant, les moyens dont disposait le parfumeur - structure du prix - étaient trop limités pour enrober cette belle note verte terriblement puissante, de manière à ce qu'elle joue sa partition sans couvrir les autres "instruments" de l'orchestre). Ceci devient tout à fait vrai en fin de l'évaporation qui fait penser à un petit Chypre sans profondeur. Dommage – la promesse du départ n'a pas été tenue. Dommage aussi, en passant, que ce parfum "RARE" soit logé dans un flacon d'une banalité attristante : On dirait un flacon triangulaire pour vernis à ongles et le bouchon en verre noir ne le rehausse que très relativement.

PACO RABANNE NUIT ou tout simplement Nuit, comme la Nuit qui suit le jour qui suit la Nuit... Même pas de prédominance de la Tubéreuse. Le départ est bon comme il se doit, car des spécialistes ont toujours prétendu qu'un parfum se vend "au débouché" - surtout la première fois ! On pense à un Chypre fruité de la famille de MITSOUKO, ce qui est une excellente référence, mais en séchant apparait une note désagréable, presque "pharmaceutique ".
Où sont la féminité, la chaleur, la profondeur sans parler bien entendu de l'originalité : En fin de l'évaporation la note "pharmaceutique" heureusement disparait, mais le fond n'est qu'un fleuri-aigu indéterminé. Nous ne ferons pas à cette NUIT, qui n'est ni belle, ni romantique, ni chaude, l'affront de la comparer à CALANDRE. Dans notre précédant BULLETIN, en parlant du PARFUM HERMES et de YSATYS de GIVENCHY nous avons souligné que les deux parfums étaient techniquement bien fait avec des moyens certes limités, ce qui était tout en honneur des auteurs de ces deux "jus" de 1984. Hélas, en ce qui concerne cette nuit sans lune ni étoiles, nous ne pouvons pas faire l a même observation. Dommage. Chez PACO RABANNE on nous a habitué à sentir de belles choses : originales comme Calandre ou encore extrêmement commerciales et bien "tournées" comme le "R" pour Homme ...

RUBINSTEIN - BARYNIA. La "princesse" comme ils,- disent... discutable, car si toutes les "princesses" ont été des " Barynias", toutes les "Barynias" n'étaient pas des "princesses" dans la Sainte Russie ... Mais ceci n'a rien à voir avec le parfum, sauf peut-être avec son flacon qui se veut un rappel des murs du Kremlin, ou de l'église à bulbes. TUBEREUSE, nous voilà ! Sur un accord fleuri qui fait penser à l'AIR DU TEMPS (un classique maintenant) et a tous ses épigones.

Donc cette "princesse" est de bonne famille, décidément ! Pas très riche, ni très élégante : elle fait de son mieux pour pouvoir paraître dans le monde. Agréable et assez bien roulée. Le charme slave", quoi ...

Il nous manque un "revenant" de taille et de renom : QUELQUES FLEURS D'HOUBIGANT. Au moment d'écrire ces lignes, nous n'avons pas eu l'occasion de le redécouvrir ! Mais la présentation nouveau style est fort belle avec ses fleurs stylisées, en relief sur du verre dépoli (verre "cathédrale ")...

Avant de mettre notre BULLETIN sous presse, nous espérons pouvoir dire quelques mots sur les nouvelles "Quelques Fleurs" crées en 1912 après la découverte de l'HYDROXYCITRONELLAL, parfum devenu un précurseur de la grande lignée des parfums FLORAUX et dont un des derniers maillons est certainement le JARDIN DE BAGATELLE de GUERLAIN (la tubéreuse en plus, évidemment). Enfin, nous l'avons senti ! Que dire de ce "phénix renaissant des cendres" ? Y a-t-il quelqu'un qui se rappelle l'exacte odeur de l'original crée en 1912 ? D'ailleurs, faut-il faire une comparaison ? Le "départ" de l a version 1985 est bien entendu très floral, diffusant, plaisant et parfumant mais sacrifiant à tous les poncifs de la création actuelle : toutes les DAMASCONES et DAMASCENONES sont là avec leur puissance, mais les absolues de ROSE d'antan ne sont qu'un souvenir ... En séchant, ce parfum s'effrite, s’émiette, devient sucré et transparent comme beaucoup de ses contemporains, comparé auxquels il n'est ni meilleur ni pire. Souhaitons lui, au nom des gloires anciennes, du succès auprès du public. La présentation, elle, est très belle comme nous l'avons déjà dit.

Voilà pour les lignes FEMININES 1985.

Regardons maintenant de plus près ce que les créateurs proposent aux HOMMES de bonne volonté en cette année qui vient de s'achever.

Toujours dans l'ordre alphabétique des Maisons, nous commençons par :

BOURJOIS Masculin VETYVER, le 3 ème volet des notes pour Hommes de cette vieille et fameuse Maison. C'est agréablement agreste, plutôt TABAC, bien masculin, discret, sans prétention, mais ou est le VETYVER ... ?

CAPUCCI "R" : Une nouvelle version de Monsieur de Capucci ? Le flacon est pareil, mais en verre fumé, la note agréablement verte, des herbes froissées, discret et inoffensif. Pour des hommes de bonne volonté.

CARON "3ème HOMME"
: Où est le deuxième ? Le premier : le célèbre POUR UN HOMME de CARON a certainement beaucoup déteint sur le troisième. C'est une LAVANDE ambrée épicée, en moins viril, voir la pub. Qu'apporte-t-il ce 3ème Homme ? Surtout ne pensez pas au célèbre film d'Orson WELLES, surtout pas.

GUERLAIN - DERBY : Nous venons de dire qu'une nouvelle parution chez DIOR, CHANEL, et GUERLAIN est un "évènement" en soi. Nous avons été en son temps très emballé par NAHEMA et LES JARDINS DE BAGATELLE, surtout pour ce dernier. DERBY nous laisse moins enthousiastes. Toutefois cette Eau de Toilette a le grand mérite d'une part d'être ample, riche, avoir une certaine "classe" - ah, les belles et nobles matières premières ! - et d'autre part de ne pas ressembler aux succès commerciaux des dernières années. Ce n'est ni un Aramis, ni un Azarro, ni un "R" de Rabanne, ni rien de ce qui tient le haut du pavé. DERBY est un CHYPRE épicé, fleuri et ambré - féminin à la limite, mais la frontière de nos jours entre les parfums féminins et masculins s'efface de plus en plus - avec un je ne sais quoi de "retro" des années 30, ce qui pour nous est un compliment. Originalité ? Ceci est plus douteux. On verrait bien cette Eau de Toilette portée par les élégants en haut de forme gris-perle qui fréquentaient les tribunes de Longchamp, d'Ascot et d'ailleurs ... des jumelles, des chapeaux-capelines, des attelages Tilbury même ... une "fragrance" pour une époque . . . . LANCOME - SAGAMORE : voila un joli départ avec une note LAVANDE, épicée ce que l'on appelle "orientale", une belle présence mais qui fait irrésistiblement penser a JICKY. Bien fait, très masculin, du caractère qui en séchant devient BOISE/TABAC. La pub est plutôt prétentieuse : "l'histoire ne retient que les Seigneurs", "l'homme SAGAMORE est un conquérant", "il apprivoise les rêves, les espaces et séduit le monde". Et sur l'image on voit un jeune homme très B.C.B.G qui marche dans un paysage désolé vers les ruines d'un château médiéval. Pas très "conquérant!' avec ses mains dans les poches et son pli de pantalon impeccable ...

LAUDER (Italie) TUSCANY : Vert, lavande, boisé, bien rond, bien "masculin", de la famille AZZARO HOMME en plus discret. (On se demande comment un consommateur moyen arrive à fixer son choix, ne serait-ce que parmi les Eaux de Toilette de la même famille olfactive ? Monsieur LEMONNIER sans hésiter, répondrait que tout dépend de la publicité seule, le reste étant sans importance !).

LAUREN (Ralph) POLO : (distribué par l'OREAL) créé aux États-Unis. Note verte, herbe fraiche, un peu essence de PIN (PINO SYLVESTRE ?) comme il se doit pour bien jouer au Polo sur un gazon. Frais et discret. Les poneys galopent, les maillots se lèvent, la balle rebondit. Ne prétend ni à l'originalité ni a la nouveauté. Pour mémoire, citons un deuxième LAUDER : FOR MEN, lancé aux États-Unis et pas encore vendu en France. Encore une note verte-fleurie, très Bourgeons de Cassis mais avec une idée créative à saluer. Tranche sur les nouveautés que nous venons de passer en revue. Est-ce vraiment une prédominance de la parfumerie AMERICAINE en ce qui concerne la CREATIVITE ? Qui relèvera le défi ?

Pour terminer cette revue, feuilletons SUFFRAGE et BEAUTERAMA pour citer encore quelques parutions sans toutefois les analyser pour montrer cette prolifération de lancements, cette "fuite en avant" qui nécessite des nouveautés, toujours des nouveautés, encore des nouveautés. ESMERALDA, de Esmeralda ; POUR MON AMOUR de Jean-Jacques Vivier ; HISTOIRE D'AMOUR de Daniel Aubusson ; V de Valentino; et nous en oublions certainement. Aussi pour mémoire OPEN de ROGER et GALLET pour Hommes e t Femmes – insignifiant une "n-ième" Eau de Mousquetaire".

Comme dit le COMITE FRANCAIS DU PARFUM "SANS PARFUM LA PEAU EST MUETTE". Alors vive le PARFUM, vive tous les PARFUMS.

Bien entendu, tout ce qui précède n'engage que la responsabilité du signataire de ces lignes, comme d'habitude.

Yuri GUTSATZ

SONDAGES D 'OPINION

Les produits du marché soumis à examen cette année sont :
- Poison C. DIOR
- Giorgio BEVERLY HILLS
- Sagamore LANCOME

Les commentaires proviennent de :

No 1, 2 et 3 - Trois Parfumeurs-Créateurs
No 4 - un Directeur de Division Parfumerie

N° 1

POISON

Du point de vue du technicien, on pourrait penser que ce produit a été créé pour une clientèle export (U.S.A, Moyen-Orient, Extrême-Orient). L'emballage n'a rien d'emballant compte tenu du nom du produit et de celui de la Société. Il ne reflète en aucune manière la richesse du liquide.
L'Esprit de Parfum a un effet de grande envolée naturelle (jasmin, tubéreuse, néroli, épices). Il semblerait que le même exercice ait été fait qu'avec le Soir de Paris ou le Chanel 5, c'est à dire alléger la lourdeur, un peu écœurante du naturel par des synthétiques, fruités et rosés à grande puissance olfactive. Le fond fruité ambré, presqu'oriental reste, lui aussi, très tenace et naturel. La disparition de l'effet naturel et de la ténacité dans l'Eau de Toilette pourrait être regrettée par certaines clientes. Encore une fois la tendance dite "Américaine" a prévalu et le sillage, cher à nos anciens, a été sacrifié au profit de la puissance. Par son concept original, POISON est une vraie création et il faudra compter avec lui sur le marché international.

GIORGI0

Floral, vert fruité oriental : Fleur blanche. Ca y est, le sacro saint marketing prix a encore sévi ! Quelle liberté peut donc avoir un créateur travaillant sur un tel concept ? Il n'a même pas la satisfaction un peu égoïste d'utiliser à bon escient de nouvelles matières premières. Il s'agit là encore d'un produit à l'Américaine où la puissance diabolique et le dosage écrasent le sillage, comme pour un airfreshner stick-up. Est-il nécessaire d'utiliser un marteau pilon pour enfoncer une punaise ? L'Amérique profonde a peut-être un besoin pressant d'exotisme et de propreté, mais notre métier ne sort pas grandi de ce genre d'exercice par trop répétitif. Et le marché européen, qu'en pense-t-il ? Quant au packaging, un store de magasin, pourquoi pas ?

SAGAMORE

Monsieur Chanel, Habit Rouge, Sagamore, même combat ! Mais à y regarder de plus près, on se rend compte qu'un travail non négligeable a été fait pour passer dans les exigences du marché. Qui peut à notre époque s'offrir les qualités d'autrefois ? Un Chypre se doit d'être riche. Le parfumeur a su éviter l'écueil de la vulgarité dans son office de coupeur de prix en quatre et il a prouvé qu'une certaine modernité s'accommode fort bien de l'élégance. Sagamore est peut-être un "Me too" mais il est bien conçu, équilibré, pas tapageusement puissant, moderne, très parisien (du moins, c'est l'image que l'on s'en fait hors de France).

N° 2

POISON

Le Parfum : Pas si facile de définir ce parfum aux effluves si violents et au sillage étonnant. On y détecte, malgré tout, quelques airs connus, les Jardins de Bagatelle, et encore, Oscar de la Renta, dans une débauche de Damascones, notes vanillées et fruitées, harmonie fleurie complexe et touffue. Parfum lascif, troublant. L'aimer ou ne pas l'aimer, c'est de toute façon
être obligé de l'adopter, puisqu'on le sent partout. En chaque femme sommeille une sorcière et Poison la révèle. En tout bien tout honneur, souhaitons-lui longue vie. La présentation : Qu'importe la fiole pourvu qu'on ait le Poison ! Style dépouillé et violet du flacon, vert moiré du cartonnage, formes diverses de la provocation dont la publicité n'est malheureusement que le pâle reflet.

GIORGI0

Le Parfum : Son départ vert fruité se prolonge dans une note violemment orangée et tubéreuse, un peu écœurante. C'est taillé à la serpe, brut de décoffrage, très diffusant (concentration oblige !) , odeur linéaire très puissante correspondant tellement bien au marché américain (c'est d'ailleurs un énorme succès commercial), que l'on peut se demander si une telle réussite avec un tel produit est envisageable en France. Aucune innovation sérieuse dans l a présentation de ce parfum. Flacon de forme vieillotte et banale, surmonté (du moins en ce qui concerne l'extraordinary spray cologne) d'une pompe attristante, emballage évoquant les tentures de la boutique de Beverly Hills, et tout cela à un prix défiant toute concurrence ... 100 dollars, t'as plus rien.

SAGAMORE

Le parfum : Un chypre bien léché aux intonations épicées et musquées, assez animal, mais manquant quelque peu de force et d'originalité. Note typiquement masculine construite autour d'un thème fort connu. La présentation : Sur le flacon aux formes simples et élégantes, un logo : Dragon crachant le feu, Cobra prêt à l'attaque, ou encore Hippocampe évoluant avec grâce dans son élément naturel, autant d'éléments aiguisant l'imagination : l'histoire ne retiendra que les seigneurs, puisse-t-elle ne jamais oublier Sagamore.

N° 3

POISON

Un parfum américano-français dans une tendance moderne c'est-à dire rétro (riche) au goût du jour (fruité rosé). Probablement le parfumeur a été poussé trop loin dans les notes fruitées, pour en faire un parfum original, et a dépassé les limites du bon équilibre.

GIORGI0

Parfum d'évolution. Aprés Fidji-Norel-Charli-Jontue ... le Giorgio. Chaque parfum est une adaptation du temps à venir dans ses modifications avec des matières premières, des accords nouveaux. Comme les Mercédès ils ont une ligne ajustée que devance les goûts et les exigences.

SAGAMORE

N'apporte rien ni à la création ni à la parfumerie française.

N°4


POISON

Lorsque Dior a voulu mettre au point son nouveau produit avec pour but d'être en opposition avec les lignes précédentes et surtout de frapper un grand coup, je ne pensais pas qu'ils aboutiraient à un tel résultat ! Le nom extrêmement mémorisable vient peut être un peu tard après "Opium". Par contre, il annonce tout de suite la couleur. Nous ne sommes plus au temps des Mademoiselles... Madame ... ou aux évocations légères, fleuries, printanières. L'utilisation volontaire des couleurs violette et verte en accord avec la mode de cet hiver me surprend mais, tout compte fait, pourqoi pas ? Le flacon ne m'inspire pas beaucoup. Par contre le parfum, alors bravo au créateur. Après "Giorgio", j'attendais le parfumeur qui serait en mesure de répondre à la française aux performances du produit américain. Cette fois-ci nous avons notre réponse ! Pour moi, à nouveau c'est trop envahissant comme pouvaient l'être "Chloé" et "Giorgio". Vous effleurez une femme qui porte "Poison" vous prenez en main un flacon de "Poison" sans même l'ouvrir, et vous êtes parfumé pour toute la journée ! Cette note tubéreuse est originale grâce à toute la partie épicée, chaude et envoûtante. Cette linéarité est très intéressante et contribue au succès du produit. Vous avez compris que je n'aime pas ce type de produit, mais je reconnais que cela correspond à un certain goût de la clientèle, et tant que les parfumeurs seront à même de créer ce type de produit, la parfumerie française sera capable de répondre dignement aux attaques formulées par nos concurrents américains, italiens et japonais.

GIORGIO

N'étant pas américain, j'ai eu beaucoup de mal au début à comprendre le phénomène "Giorgio ". Selon nos habitudes européennes, ce produit dans l'ensemble, ne cadre pas avec nos approches marketing. Pour moi, c'est presque de l'antimarketing ; mais après le succès phénoménal remporté par ce produit, il s'agit tout bonnement de nouvelles techniques marketing qui ont déjà fait progresser l'ensemble de la parfumerie. La distribution : bravo d'avoir utilisé la vente directe avant les circuits de distribution hyper sélectifs.
Le nom : inconnu en Europe au départ, il e s t devenu l e synonyme de sophistication et d'un certain luxe à l'américaine. L'autre "Giorgio" (Armani) a certainement eu la vie compliquée après ce lancement. Le flacon : personne en France n'oserait lancer un produit avec un tel flacon. Bravo encore au "culot" des Américains d'avoir utilisé une forme qui peut rappeler certains vieux parfums de nos grands-mères. Le carton : enfin un produit qui se différencie en linéaire. Et pour finir le parfum : alors là, j'ai mis beaucoup de temps à m'y faire : cet accord fleuri-gardénia-tubéreuse est très intéressant en tant que tel et féminin ; ce qui m'a frappé c'est la performance, la puissance, le sillage. Une telle odeur, c'est du "fascisme olfactif". Une femme qui porte "Giorgio" lors d'un diner c'est indisposant et cela vous coupe l'appétit. Néanmoins, compte tenu du succès, c'est apparemment ce que veulent les femmes. A nous de nous adapter et de créer d'autres produits ayant ces caractéristiques. Bonne chance à tous les parfumeurs, bonne chance à tous les chimistes de recherche qui devront mettre au point des molécules permettant d'apporter de telles caractéristiques à nos futurs parfums.

SAGAMORE

Cette eau de toilette au nom déroutant m'a tout de suite plu, grâce à son odeur sage, faisant appel à un accord classique du style "Monsieur Chanel" sur lequel on a greffé des accords épicés beaucoup plus modernes. Contrairement à certains produits masculins récemment lancés, je porterai volontiers cette note à la fois discrète et sophistiquée. Le manque de puissance reproché par certains me semble être plutôt une qualité. Je préfère que l'on découvre ce que je porte plutôt que d'agresser mon entourage. Le flacon très agréable dans la main fait appel à des techniques modernes au niveau de l'utilisation du plastique. Bravo, c'est un excellent point. Je suis par contre moins séduit par le carton qui aura peut-être du mal à se différencier de certaines lignes féminines ou cosmétiques chez les détaillants. Le nom, à la fois complexe et simple à prononcer nous indique bien la difficulté qui existe aujourd'hui de trouver une idée qui ne soit pas encore dépassée et qui se différencie d'autres produits déjà lancés.

Propos fidèlement recueillis par Pline le Jeune

L'AROME DES FLEURS ET LE PARFUM DU VIN
Souvenirs de laboratoire.

Il existe entre le parfum des meilleurs vins et celui des fleurs les plus riches des analogies séduisantes, tant dans les portions légères qui constituent la tête de l'odeur que dans les fractions les moins volatiles qui en soutiennent et en prolongent la vie.

Les analogies :

Des huiles essentielles et des concrètes de vin ont été préparées récemment, avec les précautions et le respect qui sont dus, en raison de leur finesse et de leurs harmonies, aux matières aromatiques naturelles.

Les huiles essentielles obtenues, libres de toute odeur étrangère, présentaient des notes nouvelles, montantes qui, du laboratoire, s'allièrent avec succès aux parfums floraux à note grasse, de la gamme des jasmins, jonquille ou mimosa.

Par ailleurs, des extraits de lies nobles, résultat de séparations délicates, furent obtenus sous forme de concrètes dont la couleur vert foncé faisait plus penser à des extraits de mousse de chêne qu'à des matières vineuses. Les extraits furent décolorés (1).

Les portions les moins volatiles de fractionnement, qui étaient, en somme, les queues du parfum du vin, se montrèrent en harmonie parfaite avec des absolues de rhizomes d'iris et de graines d'ambrette.

Alors, en un moment où les parfumeurs et œnologues ont été mis en présence au cours d'une réunion de l a S.T.P.F, il est permis de souligner les rapprochements qui peuvent s'établir au laboratoire entre le parfum du vin, quand il est isolé à l'état pur, et les parfums floraux qui sont au cœur de l a parfumerie de luxe.

Les circonstances dans lesquelles sont apparues des analogies entre le parfum du vin et celui du jasmin sont relatées au cours des deux récits qui suivent et qui se situent le premier a Grasse et a Paris, le second dans la campagne égyptienne.

1. Le parfum du vin

Bien que lourdement construits, avec un manque total de sveltesse dans leurs lignes et un col de cygne qui raccordait une énorme tête sphérique à l'entrée resserrée du serpentin, les alambics en cuivre du grand distilloir se comportaient, somme toute, assez proprement.

Une odeur alcoolique et vineuse avait envahi l'usine au petit matin. Deux camionnettes varoises venaient de déverser leur chargement de lie de vin après avoir laissé derrière elles, tout au long de leur route, des tourbillons d'air parfumé.

Des ouvriers s'efforçaient d'introduire à la pelle la masse glaiseuse dans le ventre des alambics. Les mottes les plus grasses, de couleur ocre, fendues par les pelles, laissaient apparaître en leur chair la couleur jaune ou grenat de leurs vins d'origine.

Peu à peu, le chargement fut réparti dans les quatre alambics dont le ventre fut fermé. La rotation lente des hélices qui brassaient la pâte dans l'alambic fut mise en route et ainsi commença la distillation.

L'opération se déroulait en plusieurs temps. La première journée était consacrée à la lente distillation de l'alcool contenu dans les lies.

Le lendemain, les fonctionnaires du fisc venaient constater les quantités collectées.

Une autre journée était nécessaire pour la distillation principale.

Les vapeurs condensées coulaient lentement et décantaient en formant dans le vase florentin une couche supérieure d'essence blonde et transparente. Elle répandait une odeur particulière qui occupait peu à peu tout le distilloir, avec une note perverse de caoutchouc chauffé dont personne ne savait bien si elle venait de la matière première elle-même ou des ajouts aromatiques qui avaient servi à la "mouiller" pour "faire du rendement".

Certains observateurs critiques parlaient grossièrement d'odeur de cuit, mais les hommes de l'art trouvaient que c'était là une trace normale d'empyreume qui, il faut le dire, ne tardait pas à s'atténuer, pourvu que la précaution fût prise de laisser ouverts les flacons où l'essence était stockée.

De telles fabrications, n'avaient pas été sans susciter divers essais de laboratoire, certains avec du vin blanc du Var, d'autres avec du vin rouge des Corbières.

Il était flagrant, à l'étude des fractions, qu'il existait dans l e vin plusieurs types de substances odorantes. Les éthers les plus volatils distillaient les premiers, entraînés par les têtes de l'alcool.

Des odeurs lourdes, un peu grasses, chaudes et bien charpentées, demeuraient dans l'appareil avec la majeure partie du liquide et constituaient manifestement le corps du parfum des vins. Il ne venait pas des portions plus volatiles dont la propriété était de se laisser distiller en même temps que l'alcool.

Les essais, effectués avec des colonnes de distillation de bonne efficacité, avaient permis d'isoler un troisième type de parfum dans les dernières portions d'alcool : une fraction d'odeur agréable, montante, qui laissait entrevoir un rapprochement avec des notes florales.

2. L'arôme du jasmin

C'est au centre de l'Égypte fertile que nous voulions mettre en route un appareil pour produire des extraits de fleurs, en commençant par le jasmin.

Après trois mois de travail, aux prises avec des difficultés impensables en Europe, nous avions enfin réuni les conditions désirables pour entamer les fabrications.

Le matin, des enfants avaient apporté le fruit des premières cueillettes. Le panier de l'extracteur rotatif avait été chargé de fleurs et ainsi avait débuté un cycle complet de fabrication qui avait pris fin par la concentration des solvants chargés de parfum. Puis nous étions allés déjeuner, laissant l'appareil sous pression réduite.

Les cultures de jasmin, tout en buissons, répandaient avec force leur odeur grasse et fleurie autour de la villa. Plus loin, des bosquets de géranium, qui dépassaient la hauteur d'un homme, formaient entre deux sillons des constructions alignées de verdure.

Plus tard, de retour a l'atelier, un liquide ambré et tiède avait été recueilli par le bas de la partie inférieure de l'appareil et l'opérateur avait constaté avec bonheur que l'odeur de l'extrait de jasmin paraissait meilleure que celle qui flottait dans les champs.

La note grasse répandue par la floraison de la nuit s'était atténuée au profit des harmonies chaudes et fleuries qui sont au cœur du parfum.

C'était la première fois, dans la grande plantation, qu'apparaissait le parfum de milliers de fleurs concentré dans si peu de liquide. Le produit avait été recueilli avec précaution dans un grand ballon en verre que l'opérateur tenait dans ses bras comme un enfant.

Comme dans le cas d'un vin de qualité, et pris sous le charme des émanations et des richesses de la couleur, il avait eu l'idée de le porter à la lumière. Là, en présence de ses compagnons, il fit tourner le liquide en agitant le ballon. Sous leur regard surpris, le soleil s'en empara aussitôt, créa et fit jouer des feux mordorés et blonds vénitiens, comme il l'eût fait avec un vieux Chablis.

De retour dans l'atelier, le liquide avait été versé dans un appareil en verre pour la concentration finale où les dernières portions de solvant furent séparées de l'extrait pur par une lente distillation.

La fraction de tête avait été recueillie avec soin pour être étudiée et réintégrée dans la masse. Mise en solution dans l'alcool, elle n'était pas sans rappeler l'odeur des fractions séparées en queue de distillation de l'alcool des vins. Mélangée à la concrète, elle augmentait sa finesse et sa fraîcheur et il fut tentant de la considérer en raison de sa volatilité et selon les idées de l'époque, comme étant l'arôme du jasmin.

(1) Préparation de concentrés décolorés à partir des concrètes florales.
Conférence faite devant la S.T.P.F. le 30 Avril 1958.
Parf. Cosm. Savons 1958 -1 n09 p329-338.

Jacques ARTOZOUL

AROMES DU MONDE

Je vous ai tous revus, mes pays parfumés,
Où j'ai vécu jadis, plein de jeunesse ardente
De labeur enthousiaste et de passion violente,
Loin des tracas vulgaires et des ciels embrumés.

Le destin m'avait dit, sans jamais m'alarmer,
Que la quête du monde, lorsque le chef s'argente,
Devient contraire aux lois que la nature régente ...

Mais comment oublier ce qui sut tant charmer ?
Des cent voyages enfuis sachant trouver l'ultime,
Je m'abreuvai de vie, de couleur, de sublime,
De vos fleurs, de vos rires et de vos chants stridents.

Pour que le souvenir, invisible rôdeur,
Me suive et me réchauffe à vos soleils ardents,
Gardant toujours en moi votre éternelle odeur.

PARAGUAY

Jadis dans tes forêts, pleines d'encens doré,
Où l'ombre de la nuit régnait sous les ramures
Dans la touffeur humide des lentes moisissures,
Le Guarani marchait vers son but ignoré.

Qu'allait-il donc chercher dans l'enfer arboré,
Sans craindre les périls, les fatales morsures,
Les fièvres enflammées, les pièges et les blessures
Que tend à chaque pas ce monde inexploré ?

Quand, enfin parvenu au cœur des Hespérides,
Libres et sauvages sous ces climats torrides,
Il moissonnait la feuille à coté du fruit d'or,

Versant à l'alambic ses récoltes subtiles
Dont l'effluve fugace, laborieux trésor,
Savait charmer bien loin les amantes futiles.

Roger SCHWOB
Décembre 1985


A TRAVERS PRESSE

Nous l'avons dit dans notre INTRODUCTION que cette année le dossier des articles sur la parfumerie concourants pour le Prix JASMIN, ne nous a pas été communiqué et par conséquent nous n'avons rien à dire sur les quelques 50 ou 60 papiers parus au cours de 1985.

Par contre nous félicitons chaleureusement la nouvelle lauréate du Prix : Mademoiselle Sylvie de CHIREE qui a vu l'ensemble de ses écrits couronnés par le Prix JASMIN au cours d'une brillante manifestation organisée par le COMITE FRANCAIS DE PARFUM le 29 Janvier 1986 dans les salons du Pavillon GABRIEL.

Nous avons demandé à Sylvie de CHIREE de nous faire parvenir des tirés à part de ses papiers, mais jusqu'à ce jour nous ne les avons pas reçus et nous prions nos lecteurs de nous excuser de ne pas pouvoir vous en dire davantage. Faisons confiance au Jury du Prix JASMIN : les articles couronnés sont certainement très intéressants ...

Il nous reste que des coupures de journaux et revues que des lecteurs attentifs de la S.T.P.F. nous ont envoyés au cours de l'année. Essayons d'en extraire quelques citations, ne serait-ce que pour notre chronique habituelle du "Grand Bêtisier" qui, parait-il, amuse beaucoup nos lecteurs !

On a pas mal parlé de la parfumerie pour HOMMES en 1985 et pour commencer, citons une demie page signée par Thierry GANDILLOT paru le 3 Mai 1985 dans la TRIBUNE de l'ECONOMIE sous le titre "VINGT ANS APRES ... GUE RLAIN ".

Beaucoup de chiffres pour illustrer le développement de la parfumerie dite "masculine" qui progresse à raison de 15% par an contre 10% pour les produits de toilette et a atteint en 1984 un total de 2,1 milliards de Francs.

On apprend que chaque année cette branche de notre industrie vend 17 millions de flacons d'eau de Toilette et 19 millions de flacons de lotions avant et après rasage.

Mais la parfumerie masculine française ne représente que 10% du total du chiffre d'affaire de la parfumerie française. Il y a donc bien des possibilités pour progresser encore et quand les spécialistes de la publicité et autres marketeurs, auront convaincus les quelques 40% à 50% des hommes en France d'utiliser ne serait-ce qu'une lotion après rasage, le pays tout entier sentirait bon, comme disait un chansonnier, si nos souvenirs sont exacts.

Sur la même page de la TRIBUNE DE L'ECONOMIE nous lisons sous la signature de notre amie Marylène DELBOURG-DELPHIS un article intitulé " DES HOMMES AU PARFUM : UN DEFI qui, avec esprit et érudition qu'on lui connait, parle des hommes et des parfums : de NERON qui se parfumait " jusqu'aux orteils" d'ambre gris et de poudre de chypre (?) en passant par Benjamin CONSTANT adepte du musc, de NAPOLEON et de ses soixante flacons mensuels de Jasmin et ses litres d'eau de Cologne jusqu'aux "COCO-BEL-OEIL du monde où les candidats au TARZAN-CLUB"...

"Une grande senteur masculine, écrit Marylène DELBOURG-DELPHIS, est celle qui donne toujours le sentiment d'avoir déjà existé, sans qu'on puisse en trouver trace ailleurs que dans lui-même."

Voici peut-être une explication du phénomène répétitif des "Eaux de Mousquetaires" et autres sous "R" de Rabanne etc.. . qui apparaissent régulièrement sous des habillages divers en prétendant être des "créations" et des "nouveautés". Nous acceptons cette approche philosophique au problème et personne d'autre que Marylène DELBOURG-DELPHIS n'aurait pu en donner en si peu de mots une meilleure illustration du peu d'imagination dans la fabrication des lignes masculines ... Bien sûr, en passant, l'auteur cite avec un plaisir visible ses préférés de GUERLAIN : HABIT ROUGE - VETYVER et écrit "parfumer un homme c'est affiner une rhétorique où le familier et l'inédit s'harmonisent pour créer cette réassurance tranquille que les hommes recherchent".

Sous le titre "A ODEUR D'HOMME" nous lisons dans le CANARD ENCHAINE (eh oui, dans le CANARD!) un courrier de Jeanne LACANE, papier remarquable auquel nous croyons devoir discerner HORS CONCOURS notre "OSCAR DU GRAND BETISIER" !

Il faut le lire en entier pour apprécier la profondeur de la pensée, le style inimitable, les références scientifiques concernant les odeurs et l'odorat. Même pour les lecteurs du CANARD ENCHAINE habitués à un certain "style" d'écriture, cet article devrait paraître - disons - vulgaire !

Que l'on juge par la première phrase :" Il y a des sadiques partout, surtout chez les scientifiques : je me dois ici de dénoncer un chercheur de la Faculté des Sciences de Besançon, Benoit Shall, qui a obligé 40 honorables mères de famille à renifler chacune, quarante petites culottes de bébé pour reconnaître celle du sien ... nous ne sommes rien que des bêtes ... tout cela tient dans l'unique et longiligne neurone qui relie notre muqueuse nasale à ce qui nous tient lieu de cerveau, la cellule mitrale."

Il a u r a i t mieux valu que notre chère Jeanne LACANE, employa ce qui lui tient lieu de cerveau, à écrire des articles sur d'autres thèmes que celui des odeurs et de l'odorat. Cela sentirait certainement moins mauvais.

Mais revenons à des choses plus sérieuses, si j'ose dire, avec un papier de Philippe DELAROCHE paru dans JARDIN DES MODES en Novembre 1985, sous le titre "Beaux les Hommes - Parfums Mystiques".

On y trouve des "perles" par-ci, par-là. Voici quelques petits exemples : " Les Croisés n'ont pu garder le tombeau du Christ à Jérusalem mais ils ont rapporté l'eau de Chypre dans leurs bagages."

"Le parfum peut être un excellent auxiliaire contre le chagrin". (Voilà pourquoi dans notre monde si morose, la consommation des produits de parfumerie progresse à pas de géant).

Suit une série d'interviews avec des hommes ce qui débouche, comme d'habitude, sur un "catalogue" citant telle ou telle autre marque de notes masculines sur fond de psychologie des hommes qui se parfument. "Le parfum garantit un espace reconnaissable, une surface territoriale, un volume de sensations dans lesquels les âmes subitement attendries s'empêtrent à tout jamais".

Que c'est bien dit !

Pour en terminer avec les parfums mythiques, encore une citation qui vaut son pesant de "civettes, de chats à têtes de renard, de chevrotins" : POLO, est l'eau de toilette des gagnants ... idéale pour Alain PROST ... NIETZSCHE aurait embrassé Lou SALOME sur les bords du lac de Genève s'il était né un siècle plus tard. Avec "SAGAMORE" de LANCOME, il aurait été plus loin. La volonté de puissance, il ne l'aurait pas seulement pensée, il l'aurait exprimée de toute son âme . . ." Parfum ... que de choses en ton nom !

Lu dans FIGARO en Avril 1985 : CLEOPATRE : UN ORDINATEUR QUI A DU NEZ. Il s'agit d'un ordinateur pouvant, au travers de 15 625 personnalités répertoriées, retrouver la vôtre après avoir fait le tri entre votre imaginaire et vos goûts réels; et la part de choses entre les boisées, les hespéridés, les épices, les poivrés ou les fruits.

Le collègue qui nous envoie cette coupure nous écrit en marge : "j'ai fait un saut au Galeries Lafayette, où l'appareil a été mis en place, pour voir : malheureusement l'ordinateur était en panne !" Certainement les 15 625 personnalités répertoriées n'étaient pas suffisantes pour répondre aux questions des "femmes n'ayant pas encore trouvé leur parfum ... et qui n'osent pas ou ne savent pas vers quelle nouvelle senteur aller" - dixit le journal.

Notre double lauréat du Prix de la S.T.P.F. a eu, lui aussi, droit à une page dans le FIGARO -Financier. Pas de "perles" pour notre "BETISIER", au contraire : voilà un parfumeur dont le nom n'est plus "PERSONNE". Une bonne pub pour Harry FREMONT (car c'est de lui qu'il s'agit) pour la Société qui l'emploie et pour I'ISIPCA dont il est l'ancien élève (plutôt de l'ISIP) pub ou pas pub, ce qui compte, ce sont des échos véridiques, des renseignements corrects sur le parfumeur et sur son métier.

Toujours dans l e FIGARO dans la rubrique LE LIVRE DU JOUR une critique sur le livre de Jacqueline DEMORNEX consacré à ARMAND PETITJEAN, sous le titre "L'HOMME AUX PARFUMS ". Armand Petitjean, un "homme fou de parfums", créa en 1935 la Maison LANCOME et l'auteur de la critique, Jean CHALON d'écrire : "Il y a en Armand Petitjean, du César Birotteau et du Gatsby le Magnifique". Ce petit papier est très bien écrit et donne envie de lire le livre consacré à un grand visionnaire du parfum. Notons en passant une citation de Paul VALERY que note
Jean CHALON : "Une femme qui ne se parfume pas n'a aucun avenir." Voilà ce qui devrait faire plaisir à tous nos lecteurs, sans exception !

Puisque nous parlons de LANCOME, voici un petit écho paru dans un journal inconnu, car la coupure qui nous parvient, datée du 12.12.85 ne porte pas le nom de l'édition : "300 Frs (prix conseillé) pour MAGIE NOIRE de LANCOME présenté en flacon diamant numéroté de 0001 à 1050." On devrait publier le nom des 50 acheteurs de cette édition de luxe qui pour autant, ne seraient pas assujettis à l'I.G.F. nous l'espérons.

Dans la même coupure anonyme on lit que "un million de mètres de rubans parfumés à CALECHE d'HERMES ont exigé 300 Litres d'eau de toilette et 700 Heures de tissage et d'impression pour imprégner 20 000 rouleaux de rubans nécessités par la promotion d'un des meilleurs parfums au monde. "Va pour le million de mètres, mais il nous semble que la dernière promotion chez HERMES concernait le "PARFUM" d'HERMES et non pas CALECHE. Surtout que toute la pub de ce nouveau (1984) parfum montre une tête de fille très sexy qui tire sa langue d'une manière très suggestive et qui est entourée de rubans ... Un métro de retard pour l'auteur de cet écho et un tout petit "Oscar" en ruban pour notre "Bêtisier". Si nous nous trompons, une rectification avec excuses sera publiée dans le prochain No du BULLETIN !

Dans un catalogue des GALERIES LAFAYETTE (décidément, on y trouve tout, comme à la SAMARITAINE), une annonce : GIORGIO Beverly Hills, l e Parfum Extraordinaire en exclusivité pour la France aux Galeries Lafayette. (La Fayette, nous voilà !). "Un véritable évènement ... parfum du siècle ... dans sa composition se mêlent des essences de roses et un élément tenu au secret qui fait de lui "ce parfum extraordinaire". Dans notre rubrique NOUVEAUTES 1985 nous nous sommes permis de dire ce que nous pensons de ce parfum du siècle.

Dans le très sérieux MONDE du 16 Novembre 1985 une grande demi-page s'intitule "HISTOIRE D'EAU" et qui relate à travers une exposition qui se tenait au Kolnisches Stadtmuseum à Cologne, consacrée bien entendu à l'EAU DE COLOGNE et à son histoire.

AQUA MIRABILIS .... que de choses ont été dites autour de son "étonnante et merveilleuse histoire" dit Dominique WALTER, auteur de cet article. On y trouve tout ce que l'on doit savoir : et de son créateur, un certain Giovanni Paolo FEMINIS qui s'installa à Cologne en 1795, et de son successeur (neveu d'après nous) Johann Maria FARINA; et de son concurrent la célèbre maison 4711 qui doit son sigle à l'occupation de Cologne par les armées de Napoléon qui attribua à toutes les maisons de la ville un numéro d'ordre (certainement pour pouvoir mieux surveiller d'éventuels "terroristes résistants", ou plutôt "résistants terroristes"); et sur le décret de Napoléon de 1810 qui ordonnait la publication de la composition des produits pharmaceutiques et notamment des "eaux admirables". (Comme vous voyez, rien de nouveau sous le soleil : notre loi de Juillet 1977, dite loi de WEIL, n'a rien inventé !)

Bref l'article est fort bien documenté, intéressant, comme on en lit rarement. Si l'exposition est encore ouverte, nous croyons qu'il serait bon, pour ceux qui voyagent en R.F.A d'aller la visiter pour se rafraîchir à la fontaine turquoise et or de l a firme 4711 qui permet aux visiteurs de se faire une idée sur les mérites de cette AQUA MIRABILIS ...

Nous avons gardé pour la fin de cette rubrique un article fort bien fait et paru le 7 Décembre 1985 dans la TRIBUNE DE GENEVE sous la signature de Corinne DESARZENS (tiens, un nom qui fait penser à un nom devenu célèbre dans l'histoire de la parfumerie moderne, celui du Professeur DARZENS dont les travaux ont tellement contribué au progrès du parfum contemporain – voir à ce sujet la plaquette éditée par le C.F.P préparée par la "Commission
Technique de la S.T.P.F. : CLASSIFICATION DES PARFUMS.)

Donc Corinne DESARZENS intitule son papier "Parfums de femmes, senteurs d'hommes 85", avec un énorme sous-titre sur toute la largeur de la page : LES EMPOISONNEUSES DE DIOR CONTRE LES DRAGUEURS D'ARAMIS.

Évidemment, comme il se doit, il y a "catalogue" - énumération des parutions 1985. Ce qui nous a intéressé, ce sont les commentaires sur certains parfums parus spirituels et tant soit peu acides. En voici des exemples :

"Les ELIXIRS : si votre nature ne suffit pas, recourez aux élixirs. Clinquant dans sa présentation en magasin, POISON de DIOR est né dans les vapeurs du château de Vaux-le-Vicomte, où 270 mètres carrés de tapis verts, dans les salons, prolongeaient les gazons dessinés par LE NOTRE, où 22 000 feuilles de lierre piquées de lucioles, 15000 fougères et 1000 fleurs d'amarante ruisselaient des murs et des plafonds.

POISON ? "Plus sulfureux qu'une héroïne de Mauriac" selon Denise Dubois-Jallais, attirant comme une belladonna, beau comme un grain de cassis ... ce grand jus vedette ne vaudrait pourtant pas les classiques, murmure-t-on en coulisses. Ni frisson de luxe que donne PRIVATE COLLECTION de Madame LAUDER, ni la gamme des intemporels de GUERLAIN, ni la boule noire d'ARPEGE de LANVIN. Cette année la qualité semble moins compter que l'image et la petite phrase choc qui taraudent votre imagination et perturbent votre sage liste de commissions : que le rêve commence..."

Nous laissons bien sur, la responsabilité de ce qui précède à Corinne Desarzens qui continue dans la rubrique "Parfums pour Hommes" avec SAGAMORE de LANCOME : "pour lui, attaque avec SAGAMORE; Le roule dans les lavandes, l'étourdit d'hespéridés, que relaie la fougue enveloppante des épices, bien calées sur les bois et les mousses. ... Mais la photo noir et blanc de la publicité contredit le côté oriental qu'on attendait : un costume cravate escalade une lande griffue menant à une bâtisse écossaise du style Greystoke, noble, mais pas très soignée."

Exactement ce que nous avons nous-mêmes noté dans notre rubrique NOUVEAUTES au sujet de cette toilette pour "seigneurs" ...

L'auteur est très sévère pour les lignes masculines, bien plus agressive que nous dans nos échos sur les Nouveautés. Lisez plutôt ceci : "... piètres performances et coups dans le vide côté sport : voici le navrant DERBY de GUERLAIN, déjà vieux à peine créé; le désolant POLO de Ralph LAUREN, le banal OPEN de ROGER & GALLET. Vous hésitez devant ces lutteurs antiques ou ces sportifs fatigués ? Surtout ne vous laissez pas impressionner.

Ni par l'homme tranquille que recommande CACHAREL. Ni par les muscles huilés de KOUROS. Ne vous laissez pas troubler par le dos pâle de la femme de ROCHAS, ni par l'aplomb glacé de l'invitée de LANCRAY. .... relancez la vogue de la bague à poison. Imaginez une campagne de presse d'un parfum ... par exemple ... WATER de DIOR, si imperceptible; STRESS de CHANEL, l'antidote de la réussite; COURT-CIRCUIT de GUERLAIN, PNEU de "CRADO-PAVANNE" à la senteur si moderne et encore TARMAC pour les habitués des aéroports."

Nous avons rarement lu autant de vérités sur les parfums, dites avec autant d'esprit, de franchise et de verve !

C'est encore pour cela que nous nous sommes permis de citer de longs extraits de ce papier assez unique dans son genre. La TRIBUNE DE GENEVE apparemment, ne se soucie pas de ce que l'on appelle "le renvoi de l’ascenseur".

CORINNE DESARZENS, vous nous avez fait réellement plaisir !

Yuri GUTSATZ

Président : Jean François BLAYN
Responsable de la Rédaction : Yuri GUTSATZ

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