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Extrait du Bulletin de Liaison N° 10, 1986
Le Jardin Retrou...
post 24-Jan-2010, 03:19 PM
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Internet n'existait pas sous la forme que nous connaissons tous aujourd'hui, les blogs et autres forums encore moins, le bulletin de liaison de la S.T.P.F. (Société Technique des Parfumeurs de France) permettait de faire le point sur l'année écoulée.

Parmi toutes ses rubriques, celle réservées aux nouveautés de l'année, nouveautés analysées, passées au crible où Yuri Gutsatz, avant tout autre, disait tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas !

Avec le recul, que reste-t-il de ces nouveautés, ses critiques sont elles toutes justifiées ?

A vous de juger.


NOUVEAUTES 1985

Avant de passer en revue les NOUVEAUTES de l'année proprement dite, jetons un regard sur le GUIDE DES LIGNES PARFUMEES édité comme tous les ans par SUFFRAGES (Octobre 1985).

Ce qui nous intéresse ce sont les NOTES DOMINANTES qui figurent après chaque nom des lignes FEMININES et MASCULINES.

Celles-ci sont tellement nombreuses, que nous nous sommes contentés de faire un petit relevé statistique des 80 premiers noms des lignes FEMININES - de Alain DELON à GUERLAIN, le courage nous ayant manqué d'aller plus loin. Parmi ces 80 premiers noms du GUIDE, figurent - à part GUERLAIN - des maisons aussi célèbres que BALENCIAGA, CARVEN, CHANEL, DIOR, ESTEE LAUDER pour n'en citer que quelques unes et ceci nous amène à conclure que les NOTES DOMINANTES de leurs créations représentent en quelque sorte, l'ossature des constructions olfactives vouées au SUCCES durable !

N'oublions pas que, parmi les 80 noms, on trouve des classiques comme le N°5 de CHANEL, Les JICKY, VOL DE NUIT, SHALIMAR, MITSOUKO de GUERLAIN, SOIR DE PARIS de BOUJOIS, MA GRIFFE de CARVEN, MISS DIOR, AIMANT et EMERAUDE de COTY, qui ont survécu brillamment à l'épreuve du temps et sont parmi les fleurons de la parfumerie mondiale depuis plus d'un demi-siècle pour plusieurs d'entre eux ...

Alors, quelles sont ces NOTES DOMINANTES autour desquelles les créateurs ont construit leurs chefs d'œuvres ?

Les lecteurs de ce BULLETIN se rappelleront peut-être de ce jeu que nous avons proposé il y a quelques années : une "formule-type" pour une Eau de Toilette MASCULINE calculée à base des notes dominantes" trouvées dans le SUFFRAGES de l'époque (Voir bulletin N° 4).

Eh bien, répétons l'expérience, mais sans proposer une "formule" comme en 1979.

JASMIN : cité dans 50 parfums. Rien de surprenant, car d'après le B.A.-BA du parfumeur, le JASMIN est un élément absolument indispensable pour la formulation d'un parfum.

ROSE de Mai ou de Bulgarie : citée dans 37 parfums. Ceci est également normal - pas de bon parfum sans la note ROSE.

SANTAL vient en 3ème position, bien loin derrière le Jasmin et la Rose avec 18 citations. Normal également, car l'accord d i t "BOISE" est inséparable du "SANTAL DES INDES ORIENTALES" ce qui fait très exotique.

YLANG-YLANG : avec 16 citations vient juste après le Santal. En effet, c'est une note noble et riche, très "exotique" et "oriental" aussi et le nom est très phonétique, à ne pas oublier.

AMBRE ou AMBREE avec 14 citations, tient bien entendu une bonne place : pas de parfum riche, oriental, exotique etc... sans note AMBREE, à défaut d'AMBRE GRIS qui n'est cité qu'une seule fois.

IRIS suit pour 13 parfums. Normal. Quoi de plus beau que la concrète Beurre d'Iris de Florence ... (Une vraie "pièce de musée" à admirer à cause de son prix, mais mentionner l'IRIS dans les notes dominantes c'est un peu "noblesse oblige !".

MOUSSE DE CHENE et MUGUET - ex aequo avec 1"nomination" pour les CESARS de la création en parfumerie. Bien entendu, le grand public pense que la belle odeur de la fleur du MUGUET existe en tant que matière première naturelle au même titre que le JASMIN ou la ROSE.

TUBEREUSE : 10 citations, mais 8 parfums sur les 10 qui disent en contenir, sont apparus sur le marché depuis moins de 5 ans. Nous reviendrons plus loin sur le phénomène TUBEREUSE.

VANILLE avec 9 citations tient une bonne place méritée et le créateur d'aujourd'hui devrait lui réserver un excellent accueil dans ses formules.

VETYVER, CITRON et BERGAMOTE avec chacun 8 "nominations", c'est à dire que 10% des parfums examinés en contiennent en tant que NOTES DOMINANTES ce qui est tout en honneur de ceux qui ont "signé" ces créations.

JACINTHE et GARDENIA sont cités 7 fois.

MANDARINE 6 fois.

CHEVREFEUILLE, PATCHOULI 5 fois. Nous aurions pensé que le PATCHOULI en tant que note dominante - ou mieux, essentielle, serait présent dans plus de 5 cas sur 80 ....

Quant aux 36 autres produits que nous avons trouvés dans cette énumération, ils ne sont présents que une, deux ou au mieux 3 fois sur 4 comme OEILLET, ENCENS, FLEUR D'ORANGER, GIROFLE, JONQUILLE, GERANIUM, CORIANDRE, BASILIC, PECHE (?) , MUSC, VIOLETTE etc...

En ce qui concerne les "accords" dominants ou essentiels, il s'agit de : FLEURI/FLORAL 9 fois; BOISE 11 fois; FRUITE 7 fois; EPICE 5 fois et enfin CHYPRE 6 fois ce qui donne aussi une précieuse indication pour les créations futures afin de leur conférer longévité et renommée ...

Et les PRODUITS de SYNTHESE, diriez-vous, toujours TABOU, toujours interdits de séjour, bannis de la fréquentation des familles nobles ? Eh oui, et seulement dans QUATRE cas sur QUATRE-VINGTS, nous avons trouvé le terme "ALDEHYDES" et pas du tout là où l'on pourrait supposer les trouver . . .

Voilà vous savez ce qui vous reste à faire : vous mélangez une forte dose de JASMIN avec une dose légèrement moins importante de ROSE; Vous introduisez une bonne proportion de SANTAL, d'YLANG, d'IRIS, sans oublier assez de TUBEREUSE pour dominer le tout; Vous fleurissez avec de la JACINTHE, du MUGUET, du GARDENIA et du CHEVREFEUILLE; pour le "départ" du CITRON et de la BERGAMOTE; pour le fond un accord BOISE autour du PATCHOULI et du VETYVER, une note de CHYPRE avec de la MOUSSE DE CHENE et de l'AMBRE enfin quelques gouttes de NEROLI, d'ENCENS, de CORIANDRE, du GIROFLE et d'ALDEHYDES et une touche de VANILLE.

C'est d'une originalité folle ! N'est-ce-pas ?

80 parfums parmi les plus connus sont faits sur ce modèle (et certainement les 150 autres que nous n'avons pas examinés, sont pareils). C'est tout ce que les attachés de Presse des Maisons qui fournissent ces renseignements, ont appris !

Et cela dure depuis des années et des années.

Imaginons le dialogue entre une cliente et une vendeuse d'un détaillant en Parfumerie :

- La Cliente : Dites-moi, quelle est la différence entre ces deux nouveaux parfums, le X et le Y ?
- La Vendeuse : Madame, ils sont totalement différents, leur composition a chacun, est tout à fait originale.
- La Cliente : Pourriez-vous me donner quelques précisions pour me guider dans mon choix ?
- La Vendeuse : Mais bien sûr, Madame. Le parfum X est un accord du JASMIN, de la ROSE, de la TUBEREUSE, avec de l YLANG, du SANTAL et de l'IRIS. Vous voyez ? Tandis que le parfum Y est un accord original entre l'YLANG, l'IRIS, LA ROSE, le JASMIN et la TUBEREUSE. Le premier est un CHYPRE BOISE AMBRE et le second est un AMBRE-CHYPRE-BOISE ...

Nous avons trouvé aussi du PALISSANDRE, du TECK et du SYCOMORE comme dans un magasin de beaux meubles ... Enfin, le public-consommateur n'a que ce qu'il mérite, certainement.

Ceci dit, voyons ce que l'an de grâce 1985 apporte comme création nouvelles aussi bien FEMINIMES que MASCULINES.

La fuite en avant continue et le choix des nouveautés est ample. Sinon pour toutes les bourses, du moins pour tous les goûts !

Toutefois, nous avons préféré limiter notre choix et mentionnons que les GRANDES MARQUES et leurs nouveautés pour 1985. Nous pensons qu'il vaut mieux passer sous silence les autres lancements que nous qualifierions de "SERIE B" comme pour les films et qui ne méritent pas que l'on s'y attarde !

Voici, comme d'habitude, par ordre alphabétique des maisons, ce que nous avons retenu parmi les LIGNES FEMININES 1985 :

CARDIN - MAXIM'S :
Dans son coffret rouge-noir-or très "Arts Déco", le contenu du flacon n'a pas grand chose à voir avec le nom prestigieux de ce restaurant parisien entré dans La légende depuis bientôt un siècle. C'est gentiment FLEURI-VERT, bonne tenue à l'évaporation, la note fleurie verte restant fidèle à son départ. Où e s t "La Dame de chez Maxim's" ? Les touristes qui réservent 6 mois à l'avance une table CHEZ MAXIM'S pour pouvoir en parler dans leur OKLAHOMA ou OSAKA comme un évènement "parisien", sont-ils "ciblés" par ce lancement ?

DIOR – POISON
: Un nouveau parfum de chez DIOR est un évènement, tout comme un parfum nouveau chez GUERLAIN, CHANEL ou bien LANVIN. Il y a très longtemps que cette firme célèbre n'a pas renouvelé ses lignes dont plusieurs sont devenues des "classiques", des archétypes, des best-sellers mondiaux. Le nom d'abord : POISON. N'y a-t-il un désir délibéré de choquer, de provoquer (un peu comme dans le cas de JULES ?) comme le fit SAINT-LAURENT avec OPIUM ? C'est de bonne guerre et très certainement plus percutant et efficace que des "Mystères", "Lumières", "Shéhérazade" et autres "Nuits"... Et le "jus" tant attendu et dont la promotion coûterait, d'après les on-dit, plusieurs Millions de ... Dollars ! Avant toutes choses, nous croyons qu'il est indispensable que cette revue des Nouveautés 1985, doit être précédée comme toute "œuvre littéraire" qui se respecte, d'une citation connue, extraite d'un écrit d'un auteur célèbre - et nous avons choisi pour mettre en exergue à ces lignes, un vers de Paul Eluard que nous nous permettons de modifier pour les besoins de la cause :

. . . TUBEREUSE, j'écris ton nom . . .

Bien entendu, il y a TUBEREUSE dans POISON de DIOR ! A l'heure actuelle, un parfum SANS Tubéreuse n'a pratiquement pas le droit d'exister. Oui, TUBEFEUSE, j'écris ton nom partout : et sur un accord fleuri/floral, et sur une note Origan, et sur un Chypre (ou pseudo-chypre), et surtout ce qui est "oriental", exotique, ambré, boisé, j'écris ton nom ... La Tubéreuse de POISON est riche, puissante, naturelle (La Route des Indes) et greffée sur un thème typiquement ORIGAN avec des réminiscences HEURE BLEUE en passant par OSCAR DE LA RENTA. En somme, pas très difficile à trouver pour POISON une bonne place dans la Classification des Parfums. On dit aussi que le "concentré" de POISON est nettement plus coûteux que la moyenne admise ces temps-ci. Rien de surprenant car l'ensemble est riche, ample, et même en fin d'évaporation, la note florale-épicée garde sa plénitude. Devons-nous - oui ou non - comparer ce POISON à ses précurseurs chez DIOR ? D'une part la comparaison s'impose car pour l'image de marque, toutes les créations d'une Maison sont un ensemble qui détermine cette image, mais d'autre part 1985 et la fin des années 80 ne sont pas tout à fait comparables ni à 1947 : naissance de Miss DIOR, ni à 1956 : lancement de DIORISSIMO, ni à 1966 apparition de l'EAU SAUVAGE, ni enfin à 1972 : année de DIOFELLA . . . Et puisque nous avons toujours soutenu que l'on ne peut pas dissocier la Parfumerie du contexte socio-économique de l'époque, nous devrions nous abstenir de faire une comparaison entre POISON et ses aînés.

Toutefois, par amour de la vérité, nous dirons, comme entre parenthèses, que POISON ne possède pas l'originalité et la sensualité de MISS DIOR, best seller mondial, ni la légèreté florale et printanière de DIORISSIMO, ni l a perfection technique et l'idée créative et artistique de DIORELLA, ni enfin l'impact révolutionnaire sur la Parfumerie, qu'était L'EAU SAUVAGE, archétype parmi les archétypes d'une construction superbement novatrice .... Nous souhaitons à POISON la carrière de MISS DIOR qui a 38 ans d'âge et au calendrier de la parfumerie est devenue une dame mûre, mais qui conserve tout son charme, tout son pouvoir de séduction comme aux jours de sa première jeunesse ...

Où seront toutes ces TUBEREUSES dans 38 ans ?

GIORGI0 (Beverly Hills) "Le Parfum du Siècle". Il paraît que les GALERIES LAFAYETTE sont l e seul point de vente en France où l'on trouve ce phénomène dont un flacon de 30 ml d'Extrait est à votre disposition pour la bagatelle de 1 150 Francs. Si vous trouvez que cela dépasse vos moyens, vous pourrez vous contenter d'une bougie parfumée au parfum extraordinaire vendue pour une bouchée de pain : seulement 550 FF. Est-ce un pari sur un snobisme mal placé ? Ce qui est hors de prix est forcément hors du commun - ce qu'il y a de mieux. Nous avons senti, en version EAU DE TOILETTE, car ce n'est pas le budget de l a S.T.P.F. qui nous aurait permis d'investir 1 150 FF dans un flacon d'Extrait, et ressenti en suivant l'évaporation pendant 24 Heures et nous étions prêts de trouver un chef d'œuvre. Hélas, ce que nous avons trouvé, c'est bien entendu une TUBEREUSE mais qui est à celle de POISON ce que la 2 CV Citroën est à la ROLLS-ROYCE. Note fruitée (framboise artificielle), sans profondeur, vulgaire, mais tenace; et forte à la limite de l'écœurement. (Les privilégiés qui ont pu sentir l'Extrait, disent qu'il est encore plus agressif et puissant). Franchement, l'engouement pour GIORGIO nous parait totalement incompréhensible. Il est vrai que les voies du succès en parfumerie sont insondables ... e t aux Etats-Unis tout devient possible, la publicité aidant. Il est vrai que ce GIORGIO va parfaitement de pair avec les films américains récents du style "ROCKY IV'' et similaires. Déchainement de violence, guerre des étoiles et tout le reste. Que des spécialistes français semblent s'extasier, nous parait aberrant (Où est-ce sur le succès commercial que l'on s'extasie ?) C'est l a meilleure illustration de la fin d'une époque en parfumerie, époque qui fut par moments, glorieuse. Vivons avec notre temps et acceptons ce "parfum du siècle" ... qui peut-être ne mérite pas autre chose. Une demi-page pour GIORGIO c'est suffisant et dans l'ordre alphabétique nous trouvons une création plus reposante,

GUCC1 N°3 et sa note puissante, "linéaire" fidèle à elle-même jusqu'à la fin de l'évaporation, "rétro" juste ce qu'il faut pour être à l a mode... une note qui s'impose sans grande originalité mais fort bien construite et avec une certaine sensualité florale-boisée. Est meilleure une fois "portée" que sur la mouillette. Féminine bien sus, fera certainement bonne figure parmi les lancements 1985. Du bon travail. E t qui ne prétend pas bouleverser le monde. On aimerait sentir d'avantage des parfums de ce style. Pour gens qui ont du goût.

JACOMO - Parfum " RARE ". Pourquoi pas, du moment que le nom contribue au succès commercial ? Bien rond et agréable, mais un peu lourd au départ. C'est un CHYPRE vert/frais. Dommage qu'au bout de quelques minutes la note GALBANUM devient trop prédominante. (Certainement, comme c'est souvent le cas maintenant, les moyens dont disposait le parfumeur - structure du prix - étaient trop limités pour enrober cette belle note verte terriblement puissante, de manière à ce qu'elle joue sa partition sans couvrir les autres "instruments" de l'orchestre). Ceci devient tout à fait vrai en fin de l'évaporation qui fait penser à un petit Chypre sans profondeur. Dommage – la promesse du départ n'a pas été tenue. Dommage aussi, en passant, que ce parfum "RARE" soit logé dans un flacon d'une banalité attristante : On dirait un flacon triangulaire pour vernis à ongles et le bouchon en verre noir ne le rehausse que très relativement.

PACO RABANNE NUIT
ou tout simplement Nuit, comme la Nuit qui suit le jour qui suit la Nuit...
Même pas de prédominance de la Tubéreuse. Le départ est bon comme il se doit, car des spécialistes ont toujours prétendu qu'un parfum se vend "au débouché" - surtout la première fois ! On pense à un Chypre fruité de la famille de MITSOUKO, ce qui est une excellente référence, mais en séchant apparait une note désagréable, presque "pharmaceutique ".

Où sont la féminité, la chaleur, la profondeur sans parler bien entendu de l'originalité : En fin de l'évaporation la note "pharmaceutique" heureusement disparait, mais le fond n'est qu'un fleuri-aigu indéterminé. Nous ne ferons pas à cette NUIT, qui n'est ni belle, ni romantique, ni chaude, l'affront de la comparer à CALANDRE. Dans notre précédant BULLETIN, en parlant du PARFUM HERMES et de YSATYS de GIVENCHY nous avons souligné que les deux parfums étaient techniquement bien fait avec des moyens certes limités, ce qui était tout en honneur des auteurs de ces deux "jus" de 1984. Hélas, en ce qui concerne cette nuit sans lune ni étoiles, nous ne pouvons pas faire l a même observation. Dommage. Chez PACO RABANNE on nous a habitué à sentir de belles choses : originales comme Calandre ou encore extrêmement commerciales et bien "tournées" comme le "R" pour Homme ...

RUBINSTEIN - BARYNIA
. La "princesse" comme ils,- disent... discutable, car si toutes les "princesses" ont été des " Barynias", toutes les "Barynias" n'étaient pas des "princesses" dans la Sainte Russie ... Mais ceci n'a rien à voir avec le parfum, sauf peut-être avec son flacon qui se veut un rappel des murs du Kremlin, ou de l'église à bulbes. TUBEREUSE, nous voilà ! Sur un accord fleuri qui fait penser à l'AIR DU TEMPS (un classique maintenant) et a tous ses épigones.

Donc cette "princesse" est de bonne famille, décidément ! Pas très riche, ni très élégante : elle fait de son mieux pour pouvoir paraître dans le monde. Agréable et assez bien roulée. Le charme slave", quoi ...

Il nous manque un "revenant" de taille et de renom : QUELQUES FLEURS D'HOUBIGANT. Au moment d'écrire ces lignes, nous n'avons pas eu l'occasion de le redécouvrir ! Mais la présentation nouveau style est fort belle avec ses fleurs stylisées, en relief sur du verre dépoli (verre "cathédrale ")...

Avant de mettre notre BULLETIN sous presse, nous espérons pouvoir dire quelques mots sur les nouvelles "Quelques Fleurs" crées en 1912 après la découverte de l'HYDROXYCITRONELLAL, parfum devenu un précurseur de la grande lignée des parfums FLORAUX et dont un des derniers maillons est certainement le JARDIN DE BAGATELLE de GUERLAIN (la tubéreuse en plus, évidemment). Enfin, nous l'avons senti ! Que dire de ce "phénix renaissant des cendres" ? Y a-t-il quelqu'un qui se rappelle l'exacte odeur de l'original crée en 1912 ? D'ailleurs, faut-il faire une comparaison ? Le "départ" de l a version 1985 est bien entendu très floral, diffusant, plaisant et parfumant mais sacrifiant à tous les poncifs de la création actuelle : toutes les DAMASCONES et DAMASCENONES sont là avec leur puissance, mais les absolues de ROSE d'antan ne sont qu'un souvenir ... En séchant, ce parfum s'effrite, s'émiette, devient sucré et transparent comme beaucoup de ses contemporains, comparé auxquels il n'est ni meilleur ni pire. Souhaitons lui, au nom des gloires anciennes, du succès auprès du public. La présentation, elle, est très belle comme nous l'avons déjà dit.

Voilà pour les lignes FEMININES 1985.

Regardons maintenant de plus près ce que les créateurs proposent aux HOMMES de bonne volonté en cette année qui vient de s'achever.

Toujours dans l'ordre alphabétique des Maisons, nous commençons par :

BOURJOIS Masculin VETYVER, le 3 ème volet des notes pour Hommes de cette vieille et fameuse Maison. C'est agréablement agreste, plutôt TABAC, bien masculin, discret, sans prétention, mais ou est le VETYVER ... ?

CAPUCCI "R" : Une nouvelle version de Monsieur de Capucci ? Le flacon est pareil, mais en verre fumé, la note agréablement verte, des herbes froissées, discret et inoffensif. Pour des hommes de bonne volonté.

CARON "3ème HOMME": Où est le deuxième ? Le premier : le célèbre POUR UN HOMME de CARON a certainement beaucoup déteint sur le troisième. C'est une LAVANDE ambrée épicée, en moins viril, voir la pub. Qu'apporte-t-il ce 3ème Homme ? Surtout ne pensez pas au célèbre film d'Orson WELLES, surtout pas.

GUERLAIN - DERBY : Nous venons de dire qu'une nouvelle parution chez DIOR, CHANEL, et GUERLAIN est un "évènement" en soi. Nous avons été en son temps très emballé par NAHEMA et LES JARDINS DE BAGATELLE, surtout pour ce dernier. DERBY nous laisse moins enthousiastes. Toutefois cette Eau de Toilette a le grand mérite d'une part d'être ample, riche, avoir une certaine "classe" - ah, les belles et nobles matières premières ! - et d'autre part de ne pas ressembler aux succès commerciaux des dernières années. Ce n'est ni un Aramis, ni un Azarro, ni un "R" de Rabanne, ni rien de ce qui tient le haut du pavé. DERBY est un CHYPRE épicé, fleuri et ambré - féminin à la limite, mais la frontière de nos jours entre les parfums féminins et masculins s'efface de plus en plus - avec un je ne sais quoi de "retro" des années 30, ce qui pour nous est un compliment. Originalité ? Ceci est plus douteux. On verrait bien cette Eau de Toilette portée par les élégants en haut de forme gris-perle qui fréquentaient les tribunes de Longchamp, d'Ascot et d'ailleurs ... des jumelles, des chapeaux-capelines, des attelages Tilbury même ... une "fragrance" pour une époque . . . . LANCOME - SAGAMORE : voila un joli départ avec une note LAVANDE, épicée ce que l'on appelle "orientale", une belle présence mais qui fait irrésistiblement penser a JICKY. Bien fait, très masculin, du caractère qui en séchant devient BOISE/TABAC. La pub est plutôt prétentieuse : "l'histoire ne retient que les Seigneurs", "l'homme SAGAMORE est un conquérant", "il apprivoise les rêves, les espaces et séduit le monde". Et sur l'image on voit un jeune homme très B.C.B.G qui marche dans un paysage désolé vers les ruines d'un château médiéval. Pas très "conquérant!' avec ses mains dans les poches et son pli de pantalon impeccable ...

LAUDER (Italie) TUSCANY : Vert, lavande, boisé, bien rond, bien "masculin", de la famille AZZARO HOMME en plus discret. (On se demande comment un consommateur moyen arrive à fixer son choix, ne serait-ce que parmi les Eaux de Toilette de la même famille olfactive ? Monsieur LEMONNIER sans hésiter, répondrait que tout dépend de la publicité seule, le reste étant sans importance !).

LAUREN (Ralph) POLO : (distribué par l'OREAL) créé aux États-Unis. Note verte, herbe fraiche, un peu essence de PIN (PINO SYLVESTRE ?) comme il se doit pour bien jouer au Polo sur un gazon. Frais et discret. Les poneys galopent, les maillots se lèvent, la balle rebondit. Ne prétend ni à l'originalité ni a la nouveauté. Pour mémoire, citons un deuxième LAUDER : FOR MEN, lancé aux États-Unis et pas encore vendu en France. Encore une note verte-fleurie, très Bourgeons de Cassis mais avec une idée créative à saluer. Tranche sur les nouveautés que nous venons de passer en revue. Est-ce vraiment une prédominance de la parfumerie AMERICAINE en ce qui concerne la CREATIVITE ? Qui relèvera le défi ?

Pour terminer cette revue, feuilletons SUFFRAGE et BEAUTERAMA pour citer encore quelques parutions sans toutefois les analyser pour montrer cette prolifération de lancements, cette "fuite en avant" qui nécessite des nouveautés, toujours des nouveautés, encore des nouveautés. ESMERALDA, de Esmeralda ; POUR MON AMOUR de Jean-Jacques Vivier ; HISTOIRE D'AMOUR de Daniel Aubusson ; V de Valentino; et nous en oublions certainement. Aussi pour mémoire OPEN de ROGER et GALLET pour Hommes e t Femmes – insignifiant une "n-ième" Eau de Mousquetaire".

Comme dit le COMITE FRANCAIS DU PARFUM "SANS PARFUM LA PEAU EST MUETTE". Alors vive le PARFUM, vive tous les PARFUMS.

Bien entendu, tout ce qui précède n'engage que la responsabilité du signataire de ces lignes, comme d'habitude.

Yuri GUTSATZ


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Le Jardin Retrouvé
3 cour Jasmin
FR - 75016 Paris
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